Mauvais début de saison en agriculture


Publié le 12 mai 2017

Plusieurs producteurs de cultures commerciales sont incapables de s'aventurer dans leurs champs gorgés d'eau. Leurs semis en souffrent.

©TC Media - Remy Boily

La saison de culture commence plutôt mal pour les agriculteurs de la région. L'an dernier, à pareille date, certains avaient terminé les semis. Cette année, à peu près rien n'est fait, la machinerie pouvant difficilement circuler dans les champs.

«Zéro. Je n'ai rien de fait!» explique laconiquement Florent Raymond, un agriculteur du rang Sainte-Anne, à Saint-Alexandre. On était lundi au moment de l'entrevue. Il tombait quelques flocons de neige.

M. Raymond cultive environ 1 100 acres, dont 850 en maïs. «C'est pas compliqué, on ne peut pas entrer dans les champs», ajoute notre interlocuteur. Il raconte qu'un voisin a semé une parcelle de blé. Il craint que les grains de semence pourrissent sans compter que les outardes semblent affectionner ce champ.

Les conditions retardent toutes les opérations, y compris l'épandage de fumier. Des éleveurs commencent à transporter le lisier à l'extérieur de leur ferme, leur fosse à fumier étant sur le point de déborder. L'ensemencement de prairies est aussi retardé. À ce stade-ci de la saison, M. Raymond envisage d'échanger ses semences pour des variétés plus hâtives qui arrivent à maturité plus rapidement.

Saint-Athanase

À Saint-Athanase, Justin Bessette tient des propos semblables. «Tout l'équipement est prêt mais on ne peut pas entrer dans les champs, dit-il. On a forcé un peu pour étendre du fumier pour éviter que la fosse déborde», ajoute-t-il.

La ferme Bessette cultive 2 200 acres, dont une partie en céréales. Ces cultures se font généralement plus tôt en saison. M. Bessette utilise la technique de semis direct. Le sol n'est pas travaillé avant le passage du semoir. Il a une meilleure capacité portante. Pourtant, jusqu'à maintenant, ça n'a pas été possible. M. Bessette et son frère David évaluent aussi la possibilité d'utiliser des semences plus hâtives. À titre de référence, l'an dernier, à la même date, tout était fini. Plus généralement, tous les semis sont terminés vers le 20 mai. Ça ne s'annonce pas comme ça cette année.

Financière

À la Financière agricole du Québec, on n'a pas encore de bilan de la situation. La directrice du bureau d'Iberville, Jacinthe Larochelle, avoue ne pas pouvoir fournir de pourcentage. «Quelques-uns ont semé du blé mais c'est une minorité», dit-elle. Normalement, ces semis commencent vers la mi-avril.

Dans le maïs, les agriculteurs entrent dans les champs à la fin d'avril. Ce n'est pas le cas cette année. Mme Larochelle sait que des agriculteurs ont semé du maïs sucré sur paillis. Le risque est que les grains de semence pourrissent et qu'il faille recommencer.

Dans les cultures maraîchères, la situation n'est pas meilleure. Le bureau de la Financière agricole de La Prairie couvre la majeure partie des Jardins de Napierville. Sa directrice, Chantal Strevey, réfère au dernier bulletin L'état des cultures au Québec en date du 2 mai dernier. À cette date, moins de 1 % des ensemencements avaient été faits au Québec. Pour le secteur de Saint-Jean, 2 % de l'avoine et de l'orge étaient semés et 10 % du blé.

Horticulture

Denys Van Winden, des Productions horticoles Van Winden, à Sherrington, indique qu'environ 5 % des semis d'oignons et de carottes sont faits. Dans les trois dernières semaines, ils ont pu travailler une journée par semaine. Forcément, la saison est écourtée. À l'automne, ça se traduira par des pertes sèches.

Les laitues sont semées en serre puis transplantées dans les champs. En date du 4 mai, M. Van Winden note qu'il était dans la normale saisonnière pour la plantation, mais cinq jours plus tard, les équipes n'avaient pu retourner dans les champs. Il craint que les maladies favorisées par le temps froid et humide n'affectent le rendement. Ça ne veut pas dire que les prix seront meilleurs, bien des facteurs pouvant intervenir d'ici la saison de récolte.

Malgré tout, les agriculteurs sont philosophes, même s'il faut avoir les nerfs solides, comme le dit M. Van Winden. Il y a déjà eu des débuts d'année semblables, disent-ils en rappelant les conditions de 2011, l'année des inondations.