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150 % en cinq ans: le prix des terres agricoles poursuit sa flambée


Publié le 6 août 2017

Le prix des terres de la Montérégie-Est a augmenté de 12 % en 2016.

©TC Media - Archives

AGRICULTURE - Il ne semble pas y avoir de frein à l'ascension vertigineuse du prix des terres agricoles en Montérégie-Est. La somme moyenne qu'ont dû débourser les acheteurs pour une terre en culture a atteint 33 690$ l'hectare en 2016, ce qui représente une croissance de 15 % depuis cinq ans.

La situation est similaire en Montérégie-Ouest, qui comprend la MRC des Jardins-de-Napierville, alors que le prix moyen payé pour un hectare de terre en culture était de 32 073 $ en 2016, soit une hausse de 111 % par rapport à 2011, lorsque le prix moyen d'un hectare de terre en culture était de 15 165$.

Les agriculteurs sont devenus la vache à lait de plusieurs municipalités. Elles se servent de la valorisation des terres pour renflouer leurs revenus.

Jaclin Bisaillon, président de l'UPA du Haut-Richelieu

Ces données ont été dévoilées par la Financière agricole du Québec (FADQ) dans son rapport annuel Transac-Terres. La FADQ recense toutes les transactions effectuées avec son aide au cours de l'année et établit une moyenne à l'hectare par région, sans tenir compte des «taux de faveur».

Offre et demande

Le président de l'UPA du Haut-Richelieu, Jaclin Bisaillon, est même au courant de certaines terres achetées à 40 000$ l'hectare dans les environs en 2016. Pour lui, le principal facteur de cette hausse demeure le peu d'offres de terres mis en opposition avec une bonne demande.

«Il y a encore des producteurs qui veulent grandir, note-t-il. Et les gens d'affaires sont encore dans l'équation. Un agriculteur en privilégie toujours un autre, pourvu qu'il veuille mettre le prix demandé. Un producteur qui veut une terre devra payer.»

Le vice-président au financement de la FADQ, André Picard, est de l'avis que plusieurs agriculteurs estiment qu’ils n’ont pas les moyens… de laisser passer une terre à vendre, ce qui a un impact à la hausse sur les prix.

«Si l'agriculteur la laisse passer, il sait qu'elle ne reviendra pas sur le marché avant la prochaine génération», explique-t-il.

Consolidation

Jaclin Bisaillon a vu des terres être achetées au prix de 40 000$ l'hectare en 2016.
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Il fait d'ailleurs remarquer que la quantité de produits agricoles en provenance des fermes québécoise n'a pas baissé en dix ans. Mais le nombre d'entreprises, lui, a diminué, laissant transparaître un courant de consolidation dans l'industrie. Plusieurs entreprises agricoles sont ainsi bien positionnées pour prendre de l'expansion, affirme-t-il. Particulièrement celles qui sont pilotées par des agriculteurs expérimentés.

«Lorsque la maison est payée, ça donne une marge de manœuvre pour faire autre chose», image-t-il.

M. Bisaillon croit que les producteurs calculent leur achat en fonction de la totalité de leurs actifs. Leur terre actuelle est leur fonds de garantie, parce qu'à 33 690$ l'hectare, «impossible de rentabiliser ça».

Le président de l'UPA du Haut-Richelieu remarque aussi que les producteurs ont augmenté de près de 20% leurs rendements depuis une dizaine d'années.

«Nous avons de belles terres qui rapportent plus qu'avant, soutient-il. Ça fait aussi partie du calcul lors de l'achat d'une terre.»

Fin ?

Y aura-t-il une fin bientôt à cette flambée de prix des terres agricoles? Les intervenants refusent de faire des prédictions.

«On suppose que ça va stagner un jour, ça ne peut pas continuer ainsi, remarque Jaclin Bisaillon. Honnêtement, prédire la fin de l'augmentation est comme prédire la bourse.»

André Picard ne se risque pas non plus. Il cite les nombreux facteurs qui rentrent en ligne lorsque vient le temps de procéder à l'achat d'une terre.

«C'est difficile à prédire ou de spéculer sur l'évolution des prix, mentionne-t-il. Il y a une multitude de facteurs, et la croissance est généralisée au Québec.»

Par contre, il souligne que les taux d'intérêt devront être surveillés.

«Une variation d'un quart de point ne sera pas suffisante pour ralentir le marché, avoue-t-il. Mais les indications sont que les prochaines années iront plus vers le haut que vers le bas. Il faudra voir comment les acheteurs pourront intégrer cette donnée dans leur capacité de payer.»

La Montérégie-Est championne des prix élevés

La Montérégie-Est, qui englobe Saint-Jean-sur-Richelieu et les environs, conserve une fois de plus son titre d'endroit où les terres en culture sont les plus chères au Québec.

Le prix moyen payé en 2016 était de 33 690$. Il était de 30 150$ en 2015, une majoration de 12 %.