Le prix des terres en culture bondit de 39 %

Par Charles Poulin
Le prix des terres en culture bondit de 39 %

Un hectare de terre cultivée coûte désormais 18 210 $ en Montérégie-Est. Pour la relève

Les agriculteurs de la région qui veulent se procurer des terres pour les cultiver devront payer le gros prix. Entre 2011 et 2012, leur valeur a augmenté en moyenne de 7000 $ l’hectare en Montérégie-Est, un secteur qui englobe le Haut-Richelieu. Il s’agit d’une hausse de 39 %, la plus forte hausse de la province.

Mentionnons également que c’est en Montérégie que les terres les plus chères au Québec se trouvaient avant même cette augmentation très significative. À titre comparatif, les terres vendues au Saguenay-Lac-Saint-Jean, dans les Laurentides et dans Chaudière-Appalaches ont subi une hausse de 5 % en 2012.

Le prix moyen calculé à partir des transactions effectuées en 2011 sur les terres en culture, c’est-à-dire les superficies cultivables transigées sans les bâtiments et qui ne comprennent pas de pâturages, vergers, érablières et boisés, est passé d’environ 11 100 $ à 18 210 $ par hectare l’an dernier en Montérégie-Est.

Au Québec, l’augmentation a été de 34 % pour situer le prix d’achat de l’hectare à 11 754 $. Pour les terres agricoles (celles qui ne sont pas cultivées), le coût d’acquisition est de 8963 $, une hausse de 19 %.

Pas toutes égales

Les terres ne se vendent bien sûr pas toutes au même prix. Le vice-président finances de la Financière agricole du Canada (FAQ), Ernest Desrosiers, mentionne que pour obtenir un chiffre plus près de la réalité, on soustrait du calcul les terres acquises des faillites, cédées par un autre membre de la famille ainsi que 25 % des transactions les moins et les plus significatives.

Au final, le montant le plus bas déboursé pour un hectare de terre dans la région est de 10 842 $, et le plus élevé est de 19 478 $ en 2012.

«Il s’agit d’une augmentation très significative, la plus élevée de la province, admet-il. Actuellement, les espaces de terres en culture sont des biens en quantité limitée.»

Céréales et taux d’intérêt

Quatre facteurs expliquent cette augmentation en flèche du prix des terres. Le premier, qui est récurrent, est le fait que les sols de la région sont les meilleurs et les plus productifs de toute la province.

Depuis quelque temps, les taux d’intérêt sont bas et le prix des céréales très élevé. On ajoute finalement à cela une rareté de disponibilité de la terre cultivée en raison d’une grande demande.

«Il se cultive beaucoup de maïs et de soya dans votre région, et ce sont des céréales dont le prix a beaucoup augmenté, précise M. Desrosiers. Tant que cette situation durera, accompagnée de faibles taux d’intérêt, le prix des terres continuera de grimper.»

Ernest Desrosiers fait remarquer que les agriculteurs perçoivent la situation comme étant idéale pour «consolider leurs opérations.»

«Cette combinaison de facteurs permet aux acheteurs de rentabiliser plus facilement leur acquisition, expose-t-il. La productivité et le rendement sont au rendez-vous. C’est une occasion qui ne se représentera peut-être plus.»

Le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Montérégie, Christian St-Jacques, confie que les projets résidentiels et routiers, par exemple celui de l’autoroute 30, ajoutent une pression supplémentaire sur la valeur des terres.

Le voisin

Dans la plupart des transactions, on assiste à la cession de terre d’un agriculteur à son voisin qui veut augmenter sa production. Un achat moyen est d’une terre (environ 50 hectares), ce qui reflète la même réalité que par les années précédentes.

L’acquisition de terres agricoles par des personnes ou entités autres que des agriculteurs reste marginale, soutient M. Desrosiers. Pas moins de 84 % des terres sont détenues par des agriculteurs. Et dans le 16 % qui reste, une majorité est constituée de terres familiales que le propriétaire ne cultive pas lui-même.

Problèmes

Cette hausse vertigineuse du prix des terres pourrait causer quelques problèmes dans le monde agricole.

«Pour acquérir des biens de valeur importante, il faut que l’agriculteur soit bien établi et que sa dette soit contrôlée», fait remarquer Ernest Desrosiers.

Sinon, lorsque les taux monteront ou que le prix des céréales sera à la baisse, il pourrait y avoir des entreprises qui se retrouveront en eaux troubles. L’autre problématique se situe au chapitre de la relève et du transfert d’entreprise.

«Si vous n’êtes pas apparentés à l’agriculture, il est presque impossible de mettre sur pied une entreprise, tranche Christian St-Jacques. Le prix d’achat d’une terre sera beaucoup trop élevé. Et, dans le cas d’un transfert, il faudra que la ferme soit en excellente santé financière pour que ça fonctionne. Je suis passé par là il n’y a pas 20 ans. C’était déjà difficile à l’époque, et les terres n’étaient pas aussi chères.»

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