Hausse du salaire minimum: les agriculteurs devront absorber les pertes

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Par Marc-André Couillard
Hausse du salaire minimum: les agriculteurs devront absorber les pertes
La hausse de plus de 4 % du salaire minimum, le 1er mai, entrainera des pertes de revenus pour les producteurs maraîchers qui embauchent des centaines de travailleurs. (Photo : Coup d'œil - Archives)

TRAVAIL – Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a récemment annoncé une hausse de 0,50 $ du salaire minimum, le faisant passer à 12,50 $ l’heure, à compter du 1er mai 2019. Cette hausse de 4,17 % entraine une d’importantes pertes de revenus pour les producteurs maraîchers qui embauchent des centaines de travailleurs payés au salaire minimum.

Selon Sylvain Terrault, président de l’Association des producteurs maraîchers du Québec (APMQ), la hausse ne devrait pas excéder le taux d’inflation, qui est d’environ 2 %.

«Des augmentations, on est capable d’en absorber un peu, explique M. Terrault. Ça reste une hausse importante pour nous, mais il faut vivre avec et trouver d’autres solutions pour couper dans nos coûts de production.»

Selon lui, une hausse d’une telle ampleur peut avoir des impacts négatifs sur certaines entreprises agricoles, notamment celles qui œuvrent dans le secteur des petits fruits.

«On s’attendait à une hausse du salaire minimum, dit-il. C’est quasiment une coutume. Depuis janvier 2019, Service Canada nous imposait déjà d’offrir un salaire de 12,21 $ de l’heure aux travailleurs étrangers. Comme c’est un programme fédéral, c’est le fédéral qui décrète le salaire de ces travailleurs. On n’est pas obligé de suivre le salaire minimum du Québec, mais il y en a beaucoup qui le font. C’est une question d’équité. Si la hausse est équivalente à l’inflation, 2 %, on est capable de l’absorber, mais là, on dirait qu’on est en train de faire du rattrapage et on va avoir de la misère à refiler cette hausse à nos chaînes.»

Salaire

La main-d’œuvre représente environ 35 % du coût de production pour les maraîchers, estime M. Terrault.

Cependant, dans le secteur des petits fruits, le coût de la main-d’œuvre représente 50 % du coût de production.

«Si le salaire augmente de 4 % au lieu du 2 % de l’inflation, comme la moitié des coûts de production est la main-d’œuvre, ça représente une perte de 1 % directement dans les bénéfices, illustre M. Terrault. Si tu as un chiffre d’affaires de 1 M$, c’est une perte de 10 000 $. Une belle année, si on fait 3 % ou 4 % de profit, on est contents, donc il faut faire attention.»

Concurrence

Comme la concurrence est féroce dans le secteur maraîcher, avec les produits en provenance de l’Ontario, du Mexique et de la Californie, les agriculteurs du Québec ne pourront pas refiler la facture de l’augmentation des salaires aux consommateurs.

«Il faut toujours absorber les augmentations parce que nos hausses de prix ne sont pas de 5 % par année, souligne M. Terrault. Il faut essayer de minimiser les impacts. La compétition est féroce et nos prix ne sont pas en hausse.»

15 $ l’heure

M. Terrault ne s’oppose pas à l’augmentation du salaire minimum, mais il est d’avis que cela doit se faire de manière progressive.

«Tout le monde a le 15 $ l’heure en tête, mais on ne peut pas le faire trop vite, plaide-t-il. On n’est pas contre la hausse du salaire minimum qui permet aux gens qui ont de petits salaires de vivre un peu mieux, mais ce qu’on dit, c’est qu’il ne faut pas perdre des parts de marché.»

La situation actuelle favorise le Québec, mais l’équilibre est fragile, pense M. Terrault.

«En Ontario, le salaire minimum est de 14 $ l’heure, dit-il. Les aléas climatiques de la Californie favorisent le Québec, mais ça reste le jardin le plus important pour l’Amérique au complet. Le Québec est aussi très bien positionné avec sa proximité de la côte est américaine. Ça coûte quand même entre 8000 $ et 10 000 $ amener un camion de la Californie. Ce n’est pas rien.»

Ce métier-là, on l’a choisi et on l’aime, mais il faut toujours se battre.

Sylvain Terrault, président de l’APMQ

Le gouvernement doit intervenir pour aider les agriculteurs à moins dépendre la main-d’œuvre, pense M. Terrault.

«Si on n’est pas capables de le remettre les hausse de salaire dans notre prix de vente, il faut trouver d’autres idées, dit-il. Les maraîchers n’ont pas le choix d’aller vers la mécanisation et on a besoin de plus de programmes d’aide du gouvernement. Ils ont sorti le nouveau guide alimentaire canadien où la moitié de l’assiette est faite de légumes et de fruits. Ça passe par nous ça, les maraîchers.»

La hausse du salaire minimum le 1er mai 2019

  • Le taux général du salaire minimum passera de 12 $ l’heure à 12,50 $.
  • Le salaire minimum payable aux salariés rémunérés au pourboire passera de 9,80 $ à 10,05 $.
  • Le salaire minimum versé aux cueilleurs de framboises ou de fraises passera respectivement à 3,71 $ (+0,15 $) et à 0,99 $ (+0,04 $) du kilogramme.
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