Montérégie-Ouest: hausse de 14 % de la valeur des terres en culture

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Par Marc-André Couillard
Montérégie-Ouest: hausse de 14 % de la valeur des terres en culture
La valeur moyenne d'un hectare de terre en culture était de 37 483 $ en Montérégie-Ouest, en 2017, en hausse de 14 % par rapport à 2016. (Photo : Coup d'œil - Archives)

AGRICULTURE – La valeur des terres en culture a augmenté de 14 % en Montérégie-Ouest, pour s’établir à 37 483 $ l’hectare en moyenne, en 2017. Il s’agit de la région du Québec où le prix des terres est le plus élevé. Cette hausse fait craindre le pire pour la relève qui peine à devenir propriétaire.

Ces données sont tirées du plus récent Bulletin Transac-Terres de La Financière agricole du Québec.

En comparaison, un hectare de terre en culture se vendait à 32 900 $ l’hectare, en moyenne, en Montérégie-Ouest, en 2016. Cette région comprend la MRC des Jardins-de-Napierville.

Dans la région voisine de la Montérégie-Est, la valeur moyenne d’un hectare de terre en culture était de 34 196 $ en 2017, en hausse de 3 % par rapport à 2016, alors qu’elles se transigeaient au coût moyen de 33 250 $ l’hectare. Cette région comprend notamment la MRC du Haut-Richelieu.

Cette statistique place la Montérégie-Est au deuxième rang au Québec, quant à la valeur la plus élevée pour un hectare de terre en culture, tout juste derrière la Montérégie-Ouest.

C’est la région de l’Abitibi-Témiscamingue qui ferme la marche de cette compilation, avec une valeur moyenne de 2478 $ l’hectare, en moyenne, en 2017.

Pour l’ensemble du Québec, la valeur moyenne d’un hectare de terre en culture était de 21 446 $, en 2017.

«Plusieurs facteurs influencent, à l’échelle locale, les conditions d’offre et de demande des terres agricoles, soulignent les auteurs de ce bulletin. Parmi ces facteurs, notons l’usage d’une terre, les caractéristiques spécifiques du sol, son état général, son accessibilité, sa localisation et sa proximité des marchés. La disponibilité des terres sur un territoire donné, à un moment précis, ainsi que la situation financière de l’acheteur peuvent également avoir un impact sur la valeur accordée à une terre agricole.»

Réaction

Jérémie Letellier, premier vice-président de la Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Montérégie, possède une ferme familiale à Saint-Cyprien-de-Napierville.

Il est un témoin privilégié de l’augmentation constante de la valeur des terres agricoles dans la région. Il mesure bien les impacts que cela entraîne pour son entreprise et sa relève et il s’en inquiète.

«Pour un producteur en fin de carrière qui veut vendre, c’est intéressant, dit-il. S’il est bien établi, sa valeur augmente, ça lui donne des capitaux et il peut développer son entreprise. Par contre, ça apporte toutes sortes de difficultés pour la relève. Pour quelqu’un qui veut prendre la relève ou un agriculteur qui veut agrandir son entreprise, c’est difficile. Ça demande un investissement substantiel.»

Relève

La hausse constante de la valeur des terres impliquent que les jeunes peinent à acheter des superficies assez grandes pour que leur entreprise soit rentable.

«À l’UPA, on reconnait que c’est très difficile pour la relève de s’établir, affirme M. Letellier. Une de nos priorités, c’est d’aider les relèves non apparentées. En Montérégie, une ferme type en grande culture, c’est 300 hectares. Le financement n’est juste pas disponible pour elles. Pour ce qui est des relèves apparentées, la valeur des terres des propriétaires leur permet de les financer. De toute façon, tout le monde comprend qu’on ne vend pas sa terre à la valeur marchande à notre relève.»

Mon plus grand souci, c’est de savoir comment on peut installer des relèves non apparentées qui ont une formation et peuvent apporter beaucoup à l’agriculture.

Jérémie Letellier, agriculteur

La hausse de la valeur des taxes entraîne aussi une hausse importante des taxes foncières, ce qui représente un fardeau financier de plus pour les agriculteurs, ajoute M. Letellier.

Ferme familiale

Le modèle de la ferme familiale reste le mode de production que privilégie l’UPA, rappelle M. Letellier. Bien que ce modèle soit en transformation, il importe de le préserver, pense-t-il. Cependant, la hausse de la valeur des terres menace ce modèle.

«Les fermes grandissent et il y en a de moins en moins, mais à terme, l’enjeu c’est d’assurer une occupation du territoire pour donner du dynamisme à la région, dit M. Letellier. Les fermes participent au développement économique des régions, dans les commerces, les restaurants, etc.»

Jérémie Letellier

Intérêt

Selon M. Letellier, la hausse de la valeur des terres est tout de même le signe que l’agriculture se porte bien et qu’il y a une demande soutenue pour acquérir des terres et exercer le métier.

«L’agriculture va bien, généralement, dit M. Letellier. Si les prix augmentent, c’est parce qu’on a de bonnes années. Certains proposent de plafonner les prix, d’autres de séparer les lots. Il faut faire attention dans la façon dont on intervient dans le marché. On vit encore dans un libre marché, dans un système capitaliste.»

Solutions

Comme la valeur des terres atteint des niveaux stratosphériques, ce sont maintenant les fonds d’investissement, comme Pangea, qui s’y intéressent et qui ont les reins assez solides pour le faire. Ce modèle est une autre menace à celui de la ferme familiale, estime M. Letellier.

«À la Fédération de l’UPA de la Montérégie, on propose de limiter à 100 hectares la superficie qu’une personne ou une société pourrait acheter, annuellement, précise M. Letellier. Le but serait de mettre des bâtons dans les roues des fonds d’investissement comme Pangea. Ce modèle ne donne pas une agriculture de propriétaires et ça ne permet pas de faire une occupation dynamique du territoire. C’est du métayage. Les petits producteurs de la relève ramassent juste la moitié des profits et en louant leur terre, ils n’auront jamais accès au capital pour devenir propriétaires.»

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