Sherrington: un ado frôle la mort après avoir trop bu

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Par Marc-André Couillard
Sherrington: un ado frôle la mort après avoir trop bu
Émile a été intubé et placé sur un respirateur. On lui a administré du soluté et on a placé sa tête dans un collet cervical, par crainte qu'il se soit blessé au cou et on lui a installé une sonde urinaire. (Photo : gracieuseté – Sophie Laroche)

ACTUALITÉ – Émile, un adolescent de 16 ans, de Sherrington, ne se rappellera jamais de sa première «brosse», qui aurait bien pu être sa dernière. Après avoir consommé environ 20 onces de vodka, en à peine une heure, le 5 octobre, son état s’est dégradé au point où il a perdu connaissance et ne respirait plus par lui-même. Il s’en est sorti indemne, mais sa mère, Sophie Laroche, a un message à livrer aux jeunes et à leurs parents, pour les conscientiser face aux dangers de l’alcool.  

Ce qui devait être une banale soirée entre amis s’est terminée par un séjour aux soins intensifs pour Émile, qui a dû être intubé et placé sur respirateur, dans la nuit du 5 au 6 octobre.

«Ils jouaient à des jeux vidéo et des jeux de société, raconte Mme Laroche. Je les ai vus, vers 18 h, ils s’en allaient dehors. Les quatre ont entre 16 et 20 ans. À cet âge-là, je ne vais pas les voir chaque heure pour savoir ce qu’ils font. Vers 19 h, un des ados est venu me voir pour me dire que mon garçon était pris dans un arbre. J’ai ri un peu. Il mesure environ six pieds et il pèse 230 lb. Je me suis dit qu’il allait s’arranger, mais son ami était insistant et j’ai commencé à trouver ça étrange.»

Mme Laroche est sortie à l’extérieur et a trouvé son fils, ivre, dans un arbre. Son gendre l’a fait descendre, avant de l’arroser avec le boyau. «On l’a entré à l’intérieur et là, il s’est mis à vomir. On essayait de comprendre ce qui s’était passé.»

Soins intensifs

Des quatre amis, seuls deux d’entre eux avaient bu et Émile était celui qui était le plus amoché.

«Je commençais à être inquiète, raconte Mme Laroche. Émile était très mêlé. À un moment donné, il ne me répondait plus. Il a commencé à faire des sons et à grogner.»

Elle et son conjoint ont alors décidé de le conduire à l’Hôpital Anna-Laberge. «À mi-chemin, il avait la tête sur le côté et sa respiration était intermittente, raconte Mme Laroche. Il avait de la bave qui lui sortait de bouche. Ça pressait, il fallait arriver à l’urgence.»

Du triage, il est passé instantanément en salle de choc, où il a été intubé et placé sur un respirateur. Il a ensuite été transféré en ambulance à l’Hôpital de Montréal pour enfants et placé sous surveillance à l’unité de soins intensifs.

«Dans la nuit de samedi à dimanche, il ne respirait plus par lui-même, explique Mme Laroche. Il n’avait plus l’instinct de le faire.»

Au cours de la nuit, l’alcool s’est dissipé dans son sang et Émile s’est réveillé brutalement dans son lit. Les effets de la vodka avaient partiellement disparu et il a repris ses esprits.

Il espérait obtenir son congé de l’hôpital le dimanche matin, mais comme il avait encore des épisodes d’apnée, où il cessait de respirer, il n’est sorti que vers 18 h, pour enfin rentrer chez lui, heureusement sans séquelles.

Viral

Cette histoire est parvenue à nous après que Mme Laroche l’ait partagée sur Facebook. À ce jour, plus 5300 personnes ont réagi à sa publication, qui a été partagée plus de 21 000 fois. Près de 3000 internautes l’ont aussi commentée.

Parmi les gens qui ont commenté son histoire, plusieurs ont raconté leur histoire, tout aussi dramatique. «J’ai reçu beaucoup de témoignages de parents, dont certains ont perdu un enfant. Je n’ai pas cherché, j’ai juste ouvert les messages que j’ai reçus. Une femme m’a dit que son fils avait passé cinq jours aux soins intensifs. Une autre fille m’a confié qu’elle a subi de graves complications après avoir bu des <@Ri>shooters<@$p>. Elle est tombée en convulsions et maintenant, elle souffre d’épilepsie.»

Mme Laroche s’étonne du nombre de jeunes à qui cette même situation est arrivée. «On n’en entend pas parler, déplore-t-elle. Ce sont des cas très graves. Dans les commentaires sur ma publication, beaucoup de mères ont tagué leurs enfants, mais il y a aussi beaucoup de jeunes qui ne se sentent pas concernés.

Préjugés

Mme Laroche aimerait que son récit serve à d’autres familles et que cela permette d’éviter le pire. Il faut être vigilant avec les gens qui sont trop intoxiqués et ne pas les laisser dormir sans surveillance, surtout s’ils vomissent, prévient-elle.

Une femme m’a confié qu’il y a dix ans, son fils de 30 ans est mort, après avoir calé une bouteille de rhum.

-Sophie Laroche

«Même ceux qui n’ont pas bu sont concernés, insiste Mme Laroche. Il faut aussi sensibiliser les jeunes qui ne boivent pas. Quand des jeunes sont trop ivres, leur vie tombe entre les mains de ceux qui ont encore tout leur esprit. Le premier acteur du sauvetage de mon fils, c’est son ami, qui n’avait pas bu, qui est venu me dire que quelque chose n’allait pas.»

La majorité des milliers de messages qu’elle a reçus étaient positifs, mais certains parents l’ont pointée du doigt, la tenant responsable de ce qui est arrivé à son fils.

«On a échappé la situation, on ne l’a pas vu venir, mais ça aurait pu arriver à n’importe qui, confie Mme Laroche. Mon garçon, ce n’est pas un bum. Nous sommes une bonne famille, de classe moyenne. J’ai de bons enfants et ils ont de bons parents. Nous ne sommes pas alcooliques. Je ne mets même pas d’alcool dans mon coq au vin! Nous ne vivons pas une situation familiale problématique. Ça fait 25 ans que je suis avec mon conjoint et nous avons cinq enfants. Personne n’est à l’abri.»

Rencontre

Les parents de ces jeunes ont convenu de se rencontrer, le 11 octobre, avec leurs adolescents, pour faire un retour sur cette situation.

«Il faut faire le suivi. On ne peut pas laisser tomber ça dans l’oubli. On veut aussi les faire parler, dit Mme Laroche. On va aussi leur montrer une vidéo qu’on a prise quand ils étaient saouls. Ils vont voir ce que c’est quand on perd son inhibition.»

Des gens ont suggéré à Mme Laroche de faire des présentations dans les écoles. «Les parents sont prêts à parler de notre expérience. On pense peut-être préparer du matériel de prévention», explique Mme Laroche.

Elle invite les parents et les jeunes, qui se sentent concernés par cette problématique ou qui auraient envie de partager leur témoignage, à la contacter par courriel, à l’adresse sola76@gmail.com.

«Si on peut empêcher une autre famille de vivre ça, ce sera ça, insiste Mme Laroche. J’aurais aimé ça qu’une autre famille témoigne avant moi, pour que je sois conscientisée. Je serais allée à l’hôpital bien avant. Nous avons trop tendance à banaliser ça. J’aurais pu perdre Émile à cause de mon manque de vigilance.»

Des commentaires laissés sous la publication sur Facebook

«Une chance que vous étiez dans les parages. J’ai fait un coma éthylique à son âge. J’aurais pu y rester si mes amis n’avaient pas appelé l’ambulance. Svp les jeunes, ne buvez pas autant pour un feeling temporaire. Ça pourrait vous coûter la vie ou vous laisser des séquelles permanentes.»

  • Valérie Dorval

«Mon dieu, j’en ai des frissons. Merci de votre générosité à partager afin de prévenir et faire prendre conscience aux gens du danger relié à cette drogue bien banale dans notre société…»

  • Fany Désormeaux

«Merci de partager votre histoire qui aurait pu être celle n’importe quelle famille y compris la mienne…. Votre fils est chanceux d’e vous avoir dans sa vie. Je suis la mère d’un jeune adulte et 2 ados…My god que ça fait réfléchir!»

  • Bianca Bussière
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