Dame Nature fait la vie dure aux producteurs de grains

Myriam Tougas-Dumesnil
Dame Nature fait la vie dure aux producteurs de grains
L'accumulation précoce de neige nuit aux producteurs de grandes cultures. (Photo : Coup d'œil - Marc-André Couillard)

AGRICULTURE – Dame Nature a-t-elle une dent contre les producteurs de grains? Les conditions exceptionnellement difficiles auxquelles ils font face portent à le croire. Après un printemps tardif, une sécheresse, un automne pluvieux et de forts vents, c’est maintenant l’accumulation précoce de neige qui leur donne des maux de tête. Dans la région, à peine 25 % du maïs-grain avait été récolté la semaine dernière. D’importantes pertes sont à prévoir.

Les Producteurs de grains du Québec (PGQ) réclament une rencontre d’urgence avec le gouvernement du Québec. Dans un communiqué de presse alarmant, leur président, Christian Overbeek, en appelle à la sensibilité du gouvernement «face à une situation extrême et totalement imprévisible». Des pertes importantes sont observées sur les superficies déjà récoltées et d’autres s’ajouteront, prévient-il.

Selon la Financière agricole du Québec (FADQ), seulement 25 % du maïs-grain avait été récolté, en date du 20 novembre, sur le territoire couvert par son centre de services de Saint-Jean-sur-Richelieu. La neige accumulée au sol et les tiges fragilisées rendent la récolte de plus en plus difficile. En contrepartie, 97 % du soya n’est plus au champ.

Conditions désastreuses

Dès le début de la saison, les producteurs de grains ont dû s’armer de patience face à un hiver qui n’en finissait plus. Ils ont été forcés de retarder leurs semis de trois semaines, voire d’un mois, rappelle Sylvain Pion, président des Producteurs de grains Montérégie Sud-Est.

Ce contretemps, conjugué à la sécheresse ayant sévi en juillet et en août, a nui à la croissance des plants de maïs. Plus la saison avançait, plus les agriculteurs priaient pour un automne chaud et sec qui leur aurait permis de compenser le retard printanier.

Loin de les exaucer, Dame Nature leur a plutôt envoyé une bonne quantité de pluie mêlée à de forts vents. Résultat: plusieurs parcelles ont été affectées par la verse. L’accumulation de neige et la pluie verglaçante ont enfoncé le dernier clou dans le cercueil des producteurs. Ils font maintenant des pieds et des mains pour minimiser les pertes.

Récolte compliquée

«Un paquet de facteurs» compliquent la récolte du maïs-grain, affirme M. Pion. Les agriculteurs dont les plants ont été affectés par la verse sont en moins bonne posture que les autres. La neige rend la récolte des épis au sol très difficile. Non seulement ralentit-elle la batteuse, mais elle peut aussi occasionner des bris.

Ceux qui parviennent à récolter subissent tout de même une diminution des rendements attribuable à des coûts de séchage plus élevés et à une baisse de la qualité des grains. Le ralentissement de la croissance des plants a entraîné une maturation irrégulière. Une partie des grains est rejetée par les marchés.

Nous ferons face à l’adversité tous ensemble.

-Christian Overbeek, président des Producteurs de grains du Québec

Dans cette course contre la montre, les producteurs tentent de gagner du temps, mais ça n’est pas si facile. La machinerie risque de compacter les sols humides. «Pour aller vite, on veut bien utiliser de la grosse machinerie, mais si le sol est complètement détrempé, ta batteuse reste dans le garage», illustre Sylvain Pion, dont les terres sont situées à Bedford.

Une récolte printanière est-elle envisageable? Oui, répond-il. Ceux qui auront réussi à éviter la verse, le verglas et les ravageurs pourront toujours se rabattre sur une récolte au printemps, mais c’est loin d’être une solution idéale. M. Pion affirme l’avoir fait une seule fois dans sa carrière. C’était en 1972. Cette pratique entraîne bon nombre de risques qu’il faut être prêt à assumer.

La neige rend la récolte du maïs difficile, surtout lorsque les plants sont touchés par la verse.

Des ressources en cas de détresse

Le président des PGQ affirme qu’une réelle détresse commence à se faire sentir sur le terrain. Christian Overbeek invite les producteurs à se serrer les coudes et à prendre les mesures nécessaires pour assurer leur sécurité durant les travaux au champ.

Les agriculteurs peuvent se tourner vers les employés de la Financière agricole du Québec, leurs représentants syndicaux ainsi que le personnel des PGQ pour obtenir de l’information sur les programmes d’aide disponibles.

Les producteurs et les membres de leur famille qui ressentent de la détresse ou qui pourraient avoir besoin d’aide sont invités à recourir aux services confidentiels et professionnels du Programme d’aide pour les agriculteurs en composant 1 833 368-8301. Le premier appel est gratuit.

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