Hausse du salaire minimum le 1er mai: beaucoup d’incertitude pour le secteur maraîcher

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Par Marc-André Couillard
Hausse du salaire minimum le 1er mai: beaucoup d’incertitude pour le secteur maraîcher
Denys Van Winden fait de plus en plus appel à la technologie pour réduire ses coûts en main-d'œuvre. (Photo : Coup d'œil - Archives)

TRAVAIL – Le salaire minimum augmentera de 0,40 $ de l’heure, à compter du 1er mai, passant de 13,10 $ à 13,50 $ l’heure. Cette hausse peut avoir un impact négatif sur la profitabilité des entreprises agricoles qui emploient plusieurs travailleurs étrangers temporaires, qui sont souvent payés au salaire minimum.

Les producteurs sont bien d’accord à rémunérer décemment leurs employés. La difficulté pour eux est de rester compétitifs à l’échelle internationale.

De nombreux produits frais que l’on achète en épicerie proviennent de pays où les salaires payés sont moindres qu’au Québec. Cela permet souvent à ces entreprises étrangères d’offrir leurs produits à des prix plus bas que ceux qui proviennent du Québec.

«On sait qu’on s’en va vers un salaire minimum à 15 $ l’heure, souligne Denys Van Winden, propriétaire de l’entreprise Productions horticoles Van Winden, située à Sherrington. D’un autre côté, ce n’est pas évident pour un Québécois qui essaie de vivre un tel salaire. Je n’ai pas de problème à payer mes hommes, si la compétition est égale. Il faudrait que le prix payé pour nos produits suive. Habituellement, le marché va suivre parce que tout le monde va en demander un peu plus. Par contre, ça nous éloigne de la compétition internationale. C’est ça le danger.»

Pendant la saison forte, ce dernier embauche 60 travailleurs étrangers, provenant du Mexique et du Guatemala, ainsi que 20 employés locaux.

Étranger

La Californie et l’Ontario se dirigent vers un salaire minimum à 15 $ l’heure, indique M. Van Winden.

Par contre, les légumes que nous consommons, notamment l’hiver, viennent de plus en plus loin, où les salaires payés sont très bas.

«En hiver, il y a plein de conteneurs qui entrent de l’Égypte et de l’Asie, illustre M. Van Winden. C’est rendu moins cher que de faire venir des camions de la Californie ou de la Floride. Les consommateurs ne le voient pas parce que c’est parfois emballé avec un logo d’une marque maison, même si ça vient de très loin sur la planète. Aujourd’hui, avec des conteneurs réfrigérés, en 15 jours, c’est rendu chez nous.»

Automatisation

Difficile pour les producteurs de prévoir l’effet qu’aura cette hausse sur leur rentabilité. Chose certaine, ils sont obligés d’ajuster les salaires à la hausse puisque cela est prévu au contrat des travailleurs.

«L’an passé, on était à 12,70 $ de l’heure et c’est passé à 13,10 $, puis ce sera 13,50 $ le 1er mai, rappelle M. Van Winden. Les travailleurs disent que le coût de la vie augmente aussi dans leur pays. Au Mexique, ils gagnent 9,75 $ par jour, alors qu’ici, ils gagnent 150 $ par jour. C’est pour ça que l’exil est intéressant pour ces travailleurs.»

La hausse du salaire minimum est plus élevée que l’inflation. Nous prévoyons qu’il va atteindre 15 $ l’heure d’ici trois ou quatre ans.

-Denys Van Winden, producteur maraîcher

Les producteurs anticipent que le salaire minimum atteindra les 15 $ l’heure d’ici trois ou quatre ans. De plus, la pandémie les a forcés à revoir leurs méthodes de travail, puisqu’ils ont été obligés de fonctionner avec une main-d’œuvre réduite.

Pour contourner ces problèmes de main-d’œuvre, M. Van Winden se tourne de plus en plus vers la mécanisation et l’automatisation.

«La plantation, l’irrigation et la récolte sont plus automatisées, dit-il. En 2020, j’ai accueilli 15 travailleurs étrangers de moins sur ma ferme. Nous avons donc été obligés de travailler avec des robots-sarcleurs, parce que nous avions moins d’hommes dans le champ. J’ai aussi travaillé avec un brûleur thermique à l’eau chaude, pour brûler les mauvaises herbes, mais avant, il a fallu l’adapter à notre culture, trouver la bonne pression et la bonne vitesse. Les technologies existent, mais il faut les apprivoiser.»

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