Un projet de Groupe Chenail qui ne passe pas

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Par Marc-André Couillard
Un projet de Groupe Chenail qui ne passe pas
Groupe Chenail entend tenir une séance d'information destinée aux citoyens, au mois d'août. (Photo : gracieuseté)

ACTUALITÉ. L’entreprise Groupe Chenail, basée à Saint-Rémi, veut implanter une usine de fabrication d’asphalte sur le site des Carrières Ducharme, situé sur le chemin Covey Hill, à Havelock. Les résidents de la région s’inquiètent des répercussions de ce projet pour l’environnement et la quiétude du secteur. Les élus de la municipalité voisine du canton de Hemmingford s’opposent au projet. Des citoyens ont formé un groupe pour faire entendre leur opposition aux élus de Havelock. De son côté, Groupe Chenail entend organiser une séance d’information au mois d’août, pour préciser ses intentions.

Les citoyens de Havelock et des environs ont appris l’existence de ce projet de manière fortuite, à la fin du mois de juin. Depuis, plusieurs opposants se sont mobilisés en formant un comité, Les citoyens pour la défense de Covey Hill.

Le 5 juillet, des dizaines de citoyens étaient rassemblés à l’extérieur de la salle où s’est tenue une séance du conseil, à Havelock, pour exiger des réponses des élus. Pascale Bourguignon, une résidente du chemin Covey Hill, à Havelock près de la frontière avec Hemmingford, fait partie de ce comité.

« Ce projet a démarré en 2019, mais personne n’était au courant, dénonce-t-elle. On ne comprend pas quel intérêt il y a dans ce projet, vu tout ce que ça pourrait faire perdre. La Covey Hill est fréquentée par les motos, les vélos et les familles qui viennent chercher des pommes. Tout ça, avec une usine qui pue et qui est polluante, c’est aberrant. »

Les citoyens sont nombreux à craindre les mauvaises odeurs, la possibilité de la contamination de la nappe phréatique et l’intensification de la circulation de poids lourds sur cette route.

« Ici, c’est la région des vignobles, des pommiers et de l’agrotourisme, poursuit Mme Bourguignon. C’est scandaleux. Toutes les entreprises agrotouristiques sont menacées par ce genre d’implantation. »

RÉACTIONS

La réaction est la même pour Denise Lavoie, propriétaire du vignoble le Domaine des salamandres, situé sur le chemin Covey Hill, du côté de Hemmingford.

« J’étais présente quand le conseil d’Havelock tenu sa réunion, le 5 juillet, dit-elle. Les gens qui visitent notre domaine viennent de partout, de France, des États-Unis. Ces gens trouvent que nous avons une belle région. C’est ridicule de permettre de construire quelque chose comme ça. »

Dans un communiqué de presse paru le 14 juillet, les élus du canton de Hemmingford ont affirmé leur opposition à ce projet.

POSITION DE HAVELOCK

Le 20 juillet, les élus de Havelock ont tenu une séance extraordinaire du conseil lors de laquelle ils devaient présenter leur position. Cette rencontre s’est tenue à huis clos, mais quatre membres du groupe de citoyens qui s’opposent au projet pouvaient y assister.

Nous avons demandé une entrevue avec la directrice générale de Havelock pour connaître la position adoptée par le conseil. L’inspectrice de la municipalité nous a rappelés nous informant que les élus s’opposaient au projet.

Cette prise de position ne convainc pas les opposants.

« La mairie a reçu une demande de Groupe Chenail le 12 mai pour qu’elle puisse déposer son dossier à la Commission de protection du territoire agricole du Québec [CPTAQ], rappelle Mme Bourguignon. Nous avons appris que la municipalité s’y opposait dans un article du journal Le Gleaner, paru le 9 juillet. La résolution qu’ils ont finalement envoyée à la CPTAQ est totalement différente de celle qu’ils ont signée devant nous le 20 juillet. Dans cette résolution, au lieu de dire qu’ils s’opposent, ils disent qu’ils ne recommandent pas. On craint que la CPTAQ dise que ça va. »

Les citoyens de Havelock et des environs devaient se rassembler une deuxième fois devant la mairie de Havelock, le 2 août, pour manifester leur opposition au projet.

« La résolution signée par le Conseil municipal de Havelock, unique document lui permettant de faire entendre son avis à la CPTAQ, dernière étape avant l’approbation finale, est faible, imprécise et passe sous silence plusieurs des points importants permettant une bonne compréhension du dossier et des enjeux liés au lieu d’implantation », plaident les organisateurs de ce rassemblement, dans un communiqué.

GROUPE CHENAIL

Groupe Chenail assure avoir obtenu toutes les autorisations nécessaires auprès du ministère de l’Environnement. Il ne lui reste qu’à obtenir l’autorisation de la CPTAQ pour aller de l’avant avec ce projet.

Jules Hébert, responsable des relations publiques pour Groupe Chenail, explique que la quantité de pierres utilisée annuellement dans cette usine d’asphalte serait de l’ordre de 20 000 tonnes métriques. Il s’agirait essentiellement de la revalorisation de rejets générés par les activités régulières de la carrière, qui produit des pierres dimensionnelles, utilisées pour des projets architecturaux et d’aménagements paysagers.

IMPACTS

Cette usine d’asphalte serait en activité du lundi au vendredi, de 7 h à 17 h, du 15 mai au 15 décembre.

« L’exploitation projetée sera limitée à la période d’exploitation de la carrière elle-même, indique M. Hébert. Ainsi, lorsque la carrière cessera ses activités, l’usine sera démantelée et retirée du site afin de permettre la réalisation de la restauration prévue de celui-ci. » Groupe Chenail assure que cette usine n’entraînerait aucun impact négatif pour le voisinage.

« Nous pouvons attester qu’il n’y aura aucun dérangement ni inconfort ou nuisance subis par les résidents, ni atteinte ou autre forme de dommage ou préjudice à la qualité de l’environnement et à la végétation environnante, souligne M. Hébert. De plus, il n’y aura aucun rejet d’eau dans l’environnement par l’exploitation de cette usine. »

Il n’y aura pas non plus de bruit davantage perceptible dans l’environnement, puisque la carrière est située à 800 m des habitations, précise-t-il.

En ce qui concerne le camionnage, l’entreprise anticipe une légère hausse du passage des camions de l’ordre de 5 % à 10 %.

Ce dernier ajoute que des redevances de l’ordre de 0,61 $ par tonne produite seront perçues par la municipalité pour l’entretien des routes.

RENCONTRE D’INFORMATION

Groupe Chenail entend tenir une séance d’information destinée aux citoyens, au mois d’août. La date n’est pas encore connue.

« Le Groupe Chenail est très enthousiaste d’aller à la rencontre des citoyens pour leur présenter les détails du projet et entendre leurs préoccupations », conclut M. Hébert.

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