Un chardonnay québécois sélectionné par un restaurant étoilé de Paris

Par Claude Hebert
Un chardonnay québécois sélectionné par un restaurant étoilé de Paris
Le chef sommelier du restaurant parisien Oka, Michael Larrive, avec une bouteille de chardonnay Camy à la main. (Photo : (Photo: gracieuseté))

VINICULTURE.  L’expression « la valeur n’attend point le nombre des années » s’applique à merveille au vignoble Camy dont les produits se distinguent à l’échelle du Canada et ont fait leur entrée, en juin dernier, sur la scène parisienne.

Le vignoble de Frédéric Tremblay et d’Isabelle Leveau, n’a pas encore dix ans, mais fait déjà honneur à la petite localité de Saint-Bernard-de-Lacolle.

Après plusieurs années de réflexions et de recherches, le couple a fait l’acquisition d’une terre de plusieurs hectares (2010) et y planté ses premières vignes de pinot gris et de chardonnay, deux cépages vitis vinifera originaires d’Europe (2012).

« À l’époque, certaines expériences menées sur de petites surfaces par les propriétaires du vignoble Les Pervenches (Farnham) et d’autres pionniers québécois démontraient déjà que les vitis vinifera pouvaient survivre à notre climat nordique. Les institutions financières étaient cependant beaucoup plus sceptiques et ne croyaient guère aux chances de succès de la viticulture au Québec en raison des risques de gel et de diverses autres considérations », signale M. Tremblay.

La petite entreprise a doublé la superficie du vignoble avec trois plantations successives (2015, 2017 et 2019) de chardonnay, pinot noir et pinot gris. Ces initiatives ont permis l’ajout d’un deuxième hectare en culture.

NOMBREUX DÉFIS

La réalisation du projet n’a pas été de tout repos et les embûches ont été nombreuses. Un gel hâtif, survenu en novembre 2019, peu de temps après les vendanges, a notamment entraîné la perte de plusieurs jeunes plants – répartis sur trois quarts d’hectare – qu’il a fallu remplacer dès le printemps suivant. L’année suivante, un gel printanier entraînaient la perte d’une tonne de raisins.

Histoire de combler un déficit de production et de maximiser l’utilisation des équipements et des bâtiments du vignoble, le couple Tremblay-Leveau y est allé d’une autre plantation, en juin dernier, sur une superficie d’un demi-hectare. Les nouveaux plants devraient produire en quantité suffisante dans trois ans et permettre au vignoble de mieux répondre à la demande tout en demeurant une entreprise « à échelle humaine ».

Fred Tremblay n’envisage pas de certification biologique, mais a néanmoins opté pour plusieurs pratique écologiques: cloches « à pipi » de coyote pour éloigner les chevreuils, nichoirs à chauve-souris pour aider à contrôler les populations d’insectes, méthodes de production millénaires sans ajout de produits chimiques, bouteilles éco-conçues à poids réduit pour diminuer la consommation d’énergie lors du transport.

« Le vignoble, c’est ma folie, mais Isabelle m’accompagne de façon merveilleuse dans cette aventure à laquelle on consacre tout notre temps et toutes nos économies depuis une bonne décennie », signale notre interlocuteur.

RECONNAISSANCE

Le vignoble Camy s’attend à produire de 8000 à 9000 bouteilles du millésime 2021 et à pouvoir augmenter sa production à près de 15 000 bouteilles dans quelques années

Ses produits sont principalement destinés aux restaurants et aux boutiques spécialisées.

« Il s’agit là de notre marché primaire. Certains restaurateurs nous encouragent depuis cinq ans et nous les approvisionnons tout au long de l’année au gré de leurs besoins », résume M. Tremblay.

Un importateur québécois disposant d’une cave à vin à Paris a récemment décidé de faire découvrir le travail du vigneron de Saint-Bernard-de-Lacolle aux Français.

« Les premières bouteilles de chardonnay Camy qu’il a proposées à des connaisseurs, en décembre 2019, ont reçu un bon accueil. Nous lui avons donc fait parvenir d’autres bouteilles en décembre dernier. On parle ici de petites quantités », explique M. Tremblay.

Le restaurant Oka, un établissement de Paris s’étant vu attribuer une étoile dans le Guide Michelin, a choisi d’ajouter le chardonnay Camy sur sa carte à vins, en juin dernier, au moment de sa réouverture post-pandémie. Le produit québécois se retrouve ainsi aux côtés de plusieurs grands crus.

« Un resto français 3 étoiles a également manifesté de l’intérêt pour notre chardonnay. On peut s’attendre à ce qu’il l’ajoute à sa carte des vins dès l’automne prochain, au moment de sa réouverture », précise M. Tremblay.

Le vignoble Camy participe par ailleurs depuis 2016 au prestigieux concours du National Wine Awards of Canada.

« Notre chardonnay se classe parmi les 25 meilleurs produits canadiens de sa catégorie depuis trois ans. L’an dernier, notre pinot noir s’est également taillé une place dans le top 25 de ce concours », ajoute le vigneron originaire de Chicoutimi.

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