Le boucher Monchamp passe le flambeau

Le boucher Monchamp passe le flambeau

Hubert Monchamp vend son épicerie après y avoir consacré plus de 40 ans

Entreprise – À 60 ans, Hubert Monchamp du marché du même nom prend sa retraite après avoir passé 28 ans à préparer la viande selon les goûts particuliers de chacun de ses clients, tant pour les résidents de Saint-Patrice-de-Sherrington que les travailleurs mexicains.

«Je n’ai jamais fermé une journée depuis 28 ans», explique en entrevue avec fierté et nostalgie M. Monchamp.

Lui et sa conjointe, Lourdes Caballero, ont vendu leur commerce le 2 juillet, dont ils étaient propriétaires depuis 1986, mais qui a d’abord appartenu au père, Réal Monchamp, dès 1959. C’est un jeune couple originaire de Chine, M. Zhi Li et Mme Lihua Liu, qui tiennent maintenant les rênes de ce magasin d’alimentation légendaire.

Marié à une Mexicaine depuis 1976, M. Monchamp a su répondre aux demandes particulières des nombreux travailleurs agricoles étrangers qui ont commencé à travailler dans les champs de la région dès 1986.  «Sans le vouloir, on est devenu le fournisseur de tous les travailleurs mexicains de la région, explique M. Monchamp, qui parle couramment espagnol.  Les autres commerces ne savaient pas ce que les Mexicains mangeaient. On a déniché un fournisseur de piments jalapeño, de fèves et de tortillas.  On commande de la queue de bœuf, des têtes de porc et de bœuf.  C’est le client qui est important», insiste-t-il.

M. Monchamp et Mme Caballero ont trois enfants, mais ces derniers n’étaient pas intéressés à prendre la relève de l’entreprise familiale.  «Je les ai tellement poussés aux études que je n’ai pas de relève, mais ça ne me désole pas du tout.»

Le couple s’est préparé à prendre leur retraite et M. Monchamp compte bien en profiter pour faire tout ce qu’il n’a pu faire pendant toutes ces années, à travailler sept jours par semaine.  «J’ai reçu une lettre d’une dame… elle m’a fait brailler.  Elle me remerciait de leur avoir donné tous mes moments, mes Noëls, mes Jours de l’An, confiait-il, les yeux mouillés et la gorge nouée.  Le côté humain, c’est ce que j’ai donné aux gens et c’est que les gens me redonnent.  Ce n’est pas pour rien que ce commerce-là a marché.»

Un passionné

M. Monchamp est encore passionné par son travail.  Cela se voit et s’entend, mais il veut maintenant se consacrer à sa famille.  «Je suis comme un prisonnier qui sort de prison… pas pour moi, mais pour ma femme et mes enfants.  Ça n’a pas été 28 ans de souffrance!  Ça devenait égoïste.  Ils avaient hâte que je sorte de là», explique-t-il.

Son père, Réal Monchamp, fermait le magasin le dimanche après-midi pour amener les enfants à la plage Grégoire, ce qu’il n’a pas été en mesure de faire.  «Ma fille a 25 ans et elle n’est jamais embarquée sur une bicyclette à deux roues.  Ça fait partie des choses que je veux montrer à mes enfants, raconte M. Monchamp.  Tu vois comment je suis en retard!»  Il compte aussi aller visite la famille de son épouse à Acapulco, au Mexique, qu’il n’a pas revue depuis… 27 ans.

M. Monchamp tient à remercier ses clients, qui vont lui manquer.  «Il y a des petits-fils qui viennent ici et qui n’ont pas connu leurs grands-parents et je leur dit: «Il est passé ici…».  C’est comme si le petit-fils touchait à son passé.»

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