Le ministre de l’Agriculture de passage à Napierville

Le ministre de l’Agriculture de passage à Napierville
De gauche à droite

La salle du Centre local de développement (CLD) était bondée le 31 mai lors du passage à Napierville du vice-premier ministre du Québec et ministre de l’Agriculture, François Gendron, qui répondait à une invitation des membres du Pôle d’excellence en lutte intégrée.

Plusieurs acteurs politiques et économiques s’étaient donné rendez-vous afin de présenter au ministre un portrait de ce qui se fait dans la région en matière de lutte intégrée, dont le principal objectif est la réduction de l’utilisation de pesticides chimiques dans les champs.

«Notre objectif au Pôle est de rendre disponible l’information qui existe sur la lutte intégrée et de créer une synergie autour de méthodes alternatives, pensons aux cultures pièges, aux capteurs de spores, aux stations météo ou encore aux mouches stériles.  60% des légumes du Québec sont produits dans notre région.  On veut collaborer, mais on ne peut pas supporter seuls le développement de ces méthodes.  Ça coûte très cher», a expliqué Jocelyn Leclair, président du Pôle d’excellence en lutte intégrée.

«La lutte intégrée, on y croit!  On veut une vision et une stratégie commune.  Au Pôle, on n’appartient à personne et on travaille pour tout le monde», a pour sa part affirmé Élaine Grignon, agronome et coordonnatrice du Pôle.

Un regroupement qui innove

Depuis à peine 6 mois, le Centre local de développement (CLD) des Jardins-de-Napierville abrite le Pôle d’excellence en lutte intégrée (PELI), qui vise la réduction de l’utilisation de pesticides par les agriculteurs.  Beaucoup d’efforts sont déployés pour y parvenir et les innovations qui en résultent pourraient bien servir de modèle pour l’ensemble du Québec.  La lutte intégrée aux ennemis des cultures regroupe l’ensemble des techniques qui permettent de réduire les populations d’organismes nuisibles de façon efficace, dans le respect de la santé et de l’environnement.

Le comité directeur est formé de 9 producteurs ainsi que de 4 permanents, dont Nathalie Roullé, une entomologiste et Élaine Grignon, une agronome, qui agit à titre de coordonnatrice du pôle. Le comité technique est quant à lui composé d’une vingtaine de personnes, dont des chercheurs provenant de différentes universités.

Une étude publiée en 2010, révélant la présence de pesticides dans le ruisseau Gibeault-Delisle, situé dans le bassin de la rivière Châteauguay, au cœur des «terres noires», dont une partie importante du bassin versant est occupée par des cultures maraîchères, a tiré la sonnette d’alarme.

«En comparaison avec d’autres cultures comme le maïs, le soya ou les céréales, les cultures maraîchères, en raison de la diversité des ennemis des cultures, utilisent de grandes quantités de pesticides par hectare cultivé», peut-on lire dans les conclusions de cette étude. 

Au total, 36 pesticides (herbicides, insecticides, fongicides) ou produits de dégradation des pesticides ont été décelés dans le ruisseau. 

Le milieu se mobilise

«Ce sont les producteurs qui ont fondé le PELI, explique Mme Grignon.  Certains rapportent avoir vu leur père couché dans la douche, malade, après un arrosage de pesticides.  Une autre nous a confié qu’il ne restait qu’elle, son conjoint et un voisin qui n’étaient pas veufs sur leur rang.  Ce sont beaucoup les fils de producteurs, la nouvelle génération, qui veut que ça change.»  Selon Mme Grignon, les producteurs maraîchers sont directement touchés par les conséquences sur la santé de l’utilisation des pesticides.

 

«60% des légumes produits au Québec proviennent de notre région et au moins 50% de ces légumes sont vendus aux grandes chaînes d’alimentation.  Nous devons nous soumettre aux exigences du marché, notamment en ce qui a trait à l’aspect esthétique des légumes», soutient Mme Grignon, d’où l’utilisation accrue de pesticides. 

De plus, à mesure que les ennemis des cultures développent des résistances aux pesticides, les agriculteurs doivent en épandre davantage parce qu’ils sont moins efficaces.

Le ministre Gendron s’est montré très enthousiasmé par les différents projets qui lui ont été présentés, par la vigueur des gens du milieu et par la concertation et la détermination de ces derniers pour faire du Pôle d’excellence en lutte intégrée, un outil de travail dont la portée dépasse la région des Jardins du Québec.  «Ce que vous décrivez, ce sont des réalités de la modernité, a déclaré M. Gendron.  Il y a une nécessité de lutte intégrée.  J’aimerais être moins cassé qu’on l’est, mais on va essayer de faire un effort supplémentaire.  J’attends ta petite lettre et on va regarder ce qu’on peut faire», a-t-il dit, en s’adressant à M. Leclair, le président du Pôle. 

30 ans d’expertise dans la région

«Depuis 30 ans, l’expertise en lutte intégrée, c’est ici, parce que les problèmes sont ici, affirme Mme Grignon.  Notre rêve serait de faire ici, la cité de la lutte intégrée, où dans un même endroit, on trouverait des agronomes, des chercheurs, des fabricants de machinerie, etc.  On veut créer une synergie, une force régionale.  De plus, lorsqu’un projet est développé dans un centre de recherche, ça prend de 3 à 5 ans avant qu’il ne soit appliqué à la ferme, tandis que lorsque les producteurs sont impliqués dès le départ, il est davantage intéressé par le projet et la mise en place dans les champs se fait souvent dès la deuxième année.»

Un des problèmes avec lequel le PELI doit composer, ce sont les importantes coupures imposées par le gouvernement Harper dans le budget d’Agriculture Canada. Les producteurs maraîchers sont prêts à collaborer et ils le font déjà, mais ils ne veulent pas devenir des laboratoires.  «Ils financent souvent eux-mêmes des essais et des recherches, indique Mme Grignon. Ils souhaiteraient que les consommateurs puissent reconnaître les efforts qu’ils font et pour ce faire, ça nous prend un identifiant, mais «Aliment Québec» ne veut pas ajouter une mention «produit en lutte intégrée» sur les légumes qui ont été produits de cette manière.» 

Conscientiser les consommateurs

«On ne reviendrait pas à la pelle et à la hache, mais il faut conscientiser les consommateurs à savoir que les légumes parfaits, ça n’existe pas.  De plus, il y a un impact sociétal à acheter des produits du Québec.  Peut-être que ton produit te coûte 10 sous de plus, mais ça fait travailler ton voisin», conclut Mme Grignon.

De son côté, le gouvernement du Québec a lui aussi établi ses priorités, notamment avec la création de la «Stratégie phytosanitaire québécoise en agriculture 2011-2021», qui vise à réduire de 25% d’ici 2021 les risques pour la santé et l’environnement associés à l’utilisation des pesticides en milieu agricole, en privilégiant la gestion intégrée des ennemis des cultures. 

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