Les bacs de récupération: de vrais fourre-tout !

Par Christiane Dumont

Grille-pains, toiles de piscine, silencieux et… panaches d’orignaux . Environ 15% des matières présentes dans les bacs de récupération ne devraient pas s’y retrouver. Chez Matrec, qui trie le recyclage provenant de la région, les équipements sont en panne 40% du temps en raison des objets filiformes comme des chaînes et des cordes à linge qui mettent les engrenages à rude épreuve.

Au centre de tri, situé à St-Hubert, des camions déversent des tonnes de matières récupérables du matin au soir. Avec, en prime, des cadavres d’animaux, des bonbonnes de propane, des pneus et, le mois dernier, un pédalo.

Au milieu de la poussière, une chargeuse à benne frontale puise dans l’amoncellement des détritus, parmi lesquels l’entreprise trie aluminium, vitre, papier, carton et plastiques. Les matières proviennent de la Montérégie et de plus loin encore, même de l’Ontario.

Confusion

Malgré les bonnes volontés, la confusion règne quant à ce qui se recycle et ce qui est bon pour la récupération ou les ordures ménagères. «Parmi les plastiques, on a un marché pour les sacs d’emballage, mais pas pour les toiles de piscine et les jouets pour enfants», expose Martin Giroux, superviseur des opérations de l’entreprise.

Selon une étude des matières résiduelles réalisée par Éco Entreprises Québec (ÉEQ) et RECYC-QUÉBEC, la proportion de matières orphelines dans les bacs de récupération des Québécois a triplé au cours des trois dernières années, pour atteindre le seuil des 15%.

Un sondage effectué au printemps par Léger révèle qu’en Montérégie, plus de la moitié des personnes interrogées ont des perceptions erronées sur le sujet: 60% des répondants croient que les jouets en plastique, par exemple, peuvent être déposés dans les bacs, ce qui représente le plus haut pourcentage parmi toutes les régions sondées. La confusion est aussi importante en ce qui a trait aux plats en pyrex (52%) et aux boîtes de clémentines en bois (41%). 

Si bien que les objets sont envoyés d’abord dans un centre de prétriage, où des employés sur le qui-vive repèrent les pots de plante, les sauts en plastique, les vêtements, les morceaux de bois, les cadavres de poules, de chats ou de mouffettes et toute autre matière non recyclable.

Des câbles accablants

Mais il y a pire, du moins du point de vue du Centre Matrec: on trouve aussi des câbles, des cordes à linge, des tuyaux de balayeuse, des chaînes. «On en trouve énormément, et cela cause énormément de pertes de temps», se désole Martin Giroux. Car s’ils ne sont pas repérés dans la masse des objets qui s’engouffrent vers les séparateurs de matières, ces produits mettent les engrenages à rude épreuve.

«Tout est rotatif ici, alors les objets longs provoquent des arrêts constants. Au début de l’année, on était rendus à près de 50% de pertes de temps, la plupart causées par la matière, alors que maintenant on est à 40%», indique-t-il, ajoutant qu’il ne connaît aucun centre de tri qui fait moins que 30%.

Les salles où s’affairent les employés sont pleines du bruit de plastiques rebondissant contre les parois des machines, des courroies qui défilent à bonne vitesse, de la machinerie lourde, de poussières. Mais il y a somme toute peu d’odeurs. Sauf quand un entrepreneur se débarrasse de «sacs de poudre de ciment qui boucanent partout», ou quand un restaurateur jette des sacs d’épices dans son bac à recyclage: «On en a eu pour trois jours à sentir les mets indiens», se souvient M. Giroux.

Bons et mauvais joueurs

Il expose que certaines entreprises disposent de «cochonneries» dans leur recyclage. Parmi les entreprises délinquantes, le superviseur pointe vers les hôtels, qui remplissent leurs bacs d’une bonne part de nourriture.

«Mais il y a des entreprises super conscientisées, dont les festivals. Là, ce sont les citoyens et les organisateurs qui font de l’excellent travail. Dans le multilogement, c’est plus compliqué, poursuit-il. Selon les quartiers, quand le bac de vidanges est plein, les gens mettent le reste dans les bacs de récupération.»

Comme quoi, il y a matière à mettre de l’ordre dans nos ordures.

Avec la collaboration de Myriam Tougas-Dumesnil

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