Ligne Hertel – New York : Hydro-Québec a une préférence pour les corridors routiers

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Par Gilles Berube
Ligne Hertel – New York : Hydro-Québec a une préférence pour les corridors routiers
Le tracé longera l’autoroute 15 en direction sud.  Dans sa partie sud

Dans l’étude des corridors potentiels pour approvisionner la future ligne sous-marine Champlain-Hudson, Hydro-Québec privilégie les emprises routières et celles de ses propres lignes. Un tracé commence à se démarquer. Il longera l’autoroute 15, en passant par St-Jacques-le-Mineur, jusqu’à St-Bernard-de-Lacolle.  Reste à déterminer la portion sud du tracé, qui doit mener la ligne électrique jusqu’à la frontière.

Depuis plus de quatre ans, la compagnie Transmission Developers travaille à l’élaboration du projet Champlain-Hudson Power Express (CHPE). Ce projet consiste à approvisionner l’agglomération de New York en énergie électrique provenant du Québec, plus précisément du poste de transformation Hertel, à La Prairie. Il a la particularité d’utiliser une ligne sous-marine à courant continu de 320 kilovolts (kV) passant sous le lit du lac Champlain et du fleuve Hudson.

Il y a un an, Hydro-Québec a confirmé sa participation au projet sans toutefois pouvoir annoncer le tracé qu’elle entend utiliser pour acheminer l’électricité jusqu’à la frontière. Au début de janvier, elle a annoncé qu’elle excluait de construire la ligne sous le Richelieu, préconisant plutôt une ligne souterraine.

Hélène Perreault, de la région Richelieu, chez Hydro-Québec, explique que les études techniques et environnementales ont progressé depuis le début de l’année. Pour identifier les différents scénarios possibles, la société d’État s’est concentrée sur les «axes linéaires» existants, indique Mme Perreault.

Essentiellement, il s’agit des corridors de transport d’Hydro-Québec, du réseau routier et du réseau ferroviaire, précise notre interlocutrice. De prime abord, Hydro souhaite éviter les chemins de fer, bien que ce ne soit pas complètement exclu. Les voies ferrées occupent des emprises relativement étroites. Elles traversent souvent des bois. À la fois pour la construction et l’entretien, Hydro devrait aménager des chemins d’accès sur tout le long de sa ligne. Cela se traduirait possiblement par des acquisitions, mais assurément par du déboisement et des coûts plus élevés.

Tracé privilégié

Dans les scénarios étudiés, un tracé se démarque déjà, souligne Mme Perreault. Il ne traverse aucun noyau urbain et il a un faible impact sur l’agriculture et les milieux naturels. Du poste Hertel, la ligne emprunterait l’emprise d’une ligne à haute tension de 735 kV, qui traverse la municipalité de Saint-Philippe-de-La Prairie. Au croisement de l’autoroute 15, la ligne emprunterait ensuite l’emprise de l’autoroute en direction de la frontière américaine.

Par la suite, pour se diriger vers le Richelieu, deux variantes se dégagent. Dans un cas, la ligne passerait par la route 202, puis la route 221 jusqu’à la frontière. L’autre option est plutôt de passer par la montée Guay, puis par la route 221. Actuellement, le point de raccordement transfrontalier n’est pas fixé. Il faut que le promoteur et Hydro-Québec s’entendent sur un site terrestre situé entre la rivière et la route 221.

Au total, la ligne aura une longueur variant entre 55 et 57 kilomètres selon le scénario retenu. La ligne nécessite peu d’espace puisqu’elle sera enfouie dans une tranchée en «V» large d’un mètre. La zone de travaux nécessite une emprise d’environ 12 mètres.

Par la suite, Hydro-Québec poursuivra ses travaux d’inventaires du milieu sur la solution proposée. Elle devrait en arriver à un scénario final autour de la fête du Travail. Elle prévoit remettre son rapport d’étude d’impact au ministère de l’Environnement au début de 2014. Une consultation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement devrait se tenir dans les mois suivants.

Peu d’impacts pour les agriculteurs

Avec un tracé qui n’empiètera que très peu sur les terres agricoles et une ligne souterraine qui n’implique pas la construction de nouvelles structures à la surface du sol, le projet d’interconnexion Hertel-New-York recueille jusqu’à maintenant des réactions plutôt favorables, tant du côté des élus que de l’UPA.

La mairesse de St-Jacques-le-Mineur, Lise Trottier, n’y voit aucun inconvénient.  «Le conseil municipal a rencontré Hydro-Québec il y a quelques semaines.  Ils nous ont donné de l’information sur le projet et ils ont un bon plan de communication.  Ça va nous permettre de répondre aux citoyens qui ont des questions», affirme-t-elle. Maintenant, à savoir si l’itinéraire choisi aura un impact pour les agriculteurs, Mme Trottier affirme qu’il n’en est rien.  «À la MRC, les agriculteurs sont venus nous voir et ils nous ont dit que ce n’était pas nuisible.  Même si la ligne devait passer sur leurs terres, ils vont pouvoir cultiver.  Si on peut vendre de l’électricité aux Américains… je pense que c’est un bon projet.  J’aime mieux ça que des éoliennes», affirme la politicienne.

Pour sa part, le maire de St-Bernard-de-Lacolle, Robert Duteau, partage l’avis de Mme Trottier.  «La majorité des travaux se font le long de l’autoroute 15.  Pour la portion sud du tracé, s’ils passent pas la 202, ça appartient au MTQ et s’ils passent pas la Montée Guay, même si c’est une route municipale, ils vont prendre seulement 4 pieds de large», dit-il.

M. Duteau ne s’inquiète pas non plus de l’impact pour les agriculteurs et il croit même que ce projet pourra créer quelques emplois dans la région.  «Il n’y aura pas beaucoup de terrains touchés et s’ils passent sur le terrain d’un agriculteur, ils vont le dédommager.  Ce n’est pas une source d’inquiétude, je n’ai pas entendu dire que des citoyens étaient inquiets.  Ce qui est bon, c’est que ça va faire travailler des camionneurs du coin.»

Un projet acceptable à première vue

L’UPA adopte le même discours à savoir que dans l’ensemble, il s’agit d’un bon projet principalement parce que le trajet emprunté par la ligne électrique n’aura pratiquement pas d’impacts sur les terres agricoles.  «Nous avons rencontré Hydro-Québec le 5 juin et ils nous ont présenté le tracé de la ligne électrique.  Le seul endroit où il va y avoir un impact pour les agriculteurs, c’est entre le poste Hertel de LaPrairie et l’autoroute 15.  Pour le reste, Hydro a confirmé qu’ils vont rester dans l’emprise du chemin», explique Évelyne Sorel, conseillère en aménagement de l’UPA de la Montérégie. 

Hydro-Québec devra tout de même produire des études d’impact d’ici 2014, notamment pour la portion nord du tracé, qui pourrait avoir un impact pour le drainage des terres agricoles.  «La bonne nouvelle pour nous, c’est qu’il n’y aura pas de nouvelles structures en surface.  Au niveau agricole, ce projet nous semble acceptable à première vue.  La seule chose, c’est qu’il pourrait y avoir un impact pour 25 propriétaires dont les terres se trouvent dans la portion nord du tracé, entre LaPrairie et St-Mathieu.  La ligne pourrait se trouver sur le chemin de drainage des terres, mais on ne sait pas encore.»  

Hydro-Québec veut rencontrer les citoyens

Hydro-Québec organise des journées portes ouvertes, qui se tiendront le mardi 18 juin, au Club de golf de Napierville et le mercredi 19 juin, à l’Hôtel Best Western, à St-Bernard-de-Lacolle, de 15h30 à 20h.  Ce processus d’information et de consultation vise à présenter le tracé de ligne électrique à la population, notamment les deux variantes possibles dans sa partie sud et il vise à entendre les préoccupations et les attentes du milieu. 

«On a eu plusieurs rencontres avec les municipalités l’automne et l’hiver dernier.  Nous avons aussi rencontré l’UPA dernièrement, explique Hélène Perrault, conseillère en relation avec le milieu d’Hydro-Québec.  L’emprise du MTQ est très large et c’est ce qui nous a guidés vers ce tracé. Il n’est pas prévu que ces travaux provoquent des entraves routières.  D’autre part, on veut limiter le déboisement et des inventaires environnementaux sont en train de se faire en ce qui concerne les milieux humides, la faune la flore, etc.  La durée de vie de ces équipements est de 40 ans et s’il devait y avoir des bris, nous allons installer des localisateurs de défauts qui permettront de travailler directement sur la zone concernée.»  

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