Club de golf Hemmingford: un 18 trous pourrait faire place à près de 650 logements

Actualité. En 2025, le propriétaire du Club de golf Hemmingford a demandé un changement d’usage pour l’un de ses deux parcours de 18 trous, pour le transformer en un développement résidentiel. Un grand nombre de citoyens viennent tout juste d’apprendre l’existence de ce vaste projet et s’inquiètent des impacts qu’il pourrait entraîner sur leur milieu.

Lors de la séance du conseil du 7 juillet 2025, les élus du canton de Hemmingford ont voté à l’unanimité en faveur d’une résolution visant à demander à la MRC de modifier son schéma d’aménagement pour permettre les usages mixtes (résidentiels, commerciaux et institutionnels) sur l’un des deux parcours de 18 trous. 

Dans le procès-verbal de cette rencontre, on peut lire que le réaménagement de ce parcours consiste en la construction de 647 logements, d’une centralité commerciale locale, ainsi que d’équipements institutionnels et sportifs. On y apprend aussi que le site serait desservi par les deux services (égout et aqueduc). 

MRC

Cette demande a cheminé jusqu’à la MRC des Jardins-de-Napierville, qui a émis un avis public le 12 décembre 2025. Cet avis annonçait la tenue d’une assemblée publique de consultation le 14 janvier 2026. L’avis mentionne, sans autres détails, que cette consultation portera sur le projet de règlement URB-205-22-2025, que la MRC a adopté le 26 novembre 2025, qui a pour objet de modifier les limites des affectations urbaines dans les périmètres urbains de quatre municipalités, dont le canton de Hemmingford.  

Ce règlement a finalement été adopté par la MRC le 13 mai 2026 et a été soumis au ministère des Affaires municipales pour approbation. Il entrera en vigueur lors de la réception d’un avis favorable du Ministère. Les municipalités visées par ce règlement disposeront alors d’un délai de six mois pour mettre à jour leur réglementation de façon à ce qu’elle concorde avec le schéma d’aménagement révisé de la MRC. 

Inquiétudes

L’avis d’adoption de ce règlement par la MRC a circulé sur les réseaux sociaux et dans le bulletin communautaire de Hemmingford. Depuis, plusieurs citoyens manifestent leurs inquiétudes en lien avec ce projet et dénoncent le manque de transparence des élus. 

C’est le cas d’Evelyne Bouchard, une citoyenne de Hemmingford qui enseigne l’architecture à l’Université McGill. En juin 2025, elle présentait dans son village l’exposition Imaginer l’avenir du logement à Hemmingford, un projet réalisé par ses étudiants qui devaient explorer des alternatives au développement périphérique en imaginant des concepts de logements multifamiliaux pour six sites réels qui ont été identifiés à Hemmingford. Ces sites étaient tous situés à moins de cinq minutes de marche du centre du village et de ses commerces. Ces projets ont été réalisés en dialogue avec la communauté, à travers un événement portes ouvertes et une présentation des projets à la mi-parcours de la session. Les maires et des conseillers du village et du canton de Hemmingford y ont participé. 

Cette dernière a été très étonnée d’apprendre, tout récemment, l’existence de ce projet et elle s’explique mal l’opacité du processus qui a mené à l’adoption de ce règlement. « J’ai été un peu prise au dépourvu, dit-elle. J’ai fait plus de consultations publiques avec les projets fictifs de mes étudiants. »

Problématiques

Bien qu’elle précise qu’elle n’est pas urbaniste, Mme Bouchard fait partie des citoyens qui craignent les impacts d’un tel projet sur leur milieu de vie. Elle cite notamment la pression que cela exercerait sur la nappe phréatique, la hausse de la circulation automobile, le manque d’espace dans les écoles et le coût d’entretien des infrastructures, entre autres. 

En 2021, le canton de Hemmingford comptait 821 logements, selon le dernier recensement. « Faire quelque chose d’aussi grand tout d’un coup et détaché du village existant, ça risque de créer une ville satellite, avec des maisons et un centre commercial séparés, craint Mme Bouchard. Les commerces vont faire compétition à ceux qui se trouvent au village. On va aussi dupliquer les infrastructures, plutôt que de renforcer celles qui existent déjà. Il n’y aura pas moyen de se déplacer à pied ou à vélo entre les deux villages, qui seront séparés par un club de golf privé. C’est contraire aux bonnes pratiques urbanistiques. L’objectif devrait être de pouvoir se déplacer à pied, de maximiser l’utilisation des infrastructures existantes et d’encourager les commerçants locaux. »

Pas de justification

Mme Bouchard s’explique mal que le fait que la MRC ait approuvé un projet d’une telle ampleur. Selon ses propres analyses, les besoins futurs en logements pourraient être comblés à partir des terrains vacants existants au canton.

En effet, dans le document du règlement adopté par la MRC, il est indiqué que d’ici 2041, l’on prévoit que le canton de Hemmingford accueillera 232 nouveaux ménages. On peut aussi y lire que l’objectif à atteindre est une densité de 17 logements par hectare, d’ici 2041. Enfin, on y apprend que le canton de Hemmingford dispose actuellement de 61,3 hectares de terrains vacants résidentiels. Ainsi, si l’on multiplie les 61,3 hectares disponibles par la densité visée de 17 logements par hectare, cela donne une possibilité actuelle de 1042 logements (alors que le besoin est de 232 logements d’ici 2041).

« Je pense que les élus font cela de bonne foi, mais c’est un projet tellement grand. Oui, ils sont élus pour prendre des décisions, mais ils devraient consulter le public pour savoir ce qu’on veut collectivement, pense Mme Bouchard. Cette décision aura un impact énorme sur toute la communauté, mais elle n’est pas à la table. Je ne suis pas anti-développement, loin de là, mais ça devrait être un processus collectif. On devrait avoir une conversation en amont pour déterminer nos priorités. »

Réaction du maire

Le maire du canton de Hemmingford, Lucien Bouchard, explique que le conseil est allé de l’avant avec cette demande auprès de la MRC pour attirer des gens et stimuler l’économie locale, tout en assurant la pérennité du club de golf. Le maintien de deux parcours de 18 trous ne serait plus rentable, explique le maire. « C’est une entreprise emblématique de Hemmingford. C’est important de les aider », dit-il.

Le but, c’est d’amener plus de monde dans le coin pour attirer plus de commerces dans le village. 

Lucien Bouchard, maire du canton de Hemmingford

Entente

M. Bouchard estime que la réponse du ministère des Affaires municipales devrait être rendue le 9 ou le 10 juillet. S’il est accepté, le projet sera étudié plus sérieusement par le conseil, qui sera ensuite accompagné par une firme d’urbanisme.

Le maire précise que le conseil n’a pas encore approuvé le projet domiciliaire. « Nous avons adopté le règlement 341, sur les ententes relatives aux travaux municipaux qui dit, à l’article 5, que nous avons un pouvoir discrétionnaire de conclure ou non une entente selon l’intérêt public et notre planification territoriale, précise le maire. Nous n’avons pas fait ça pour nuire aux gens. C’est sûr qu’on va consulter et qu’on va demander au promoteur de présenter son projet. Si ça ne passe pas, il n’y aura pas d’entente et ce sera possible de ne pas aller de l’avant. » 

Zone blanche

Le maire déplore le fait que le développement domiciliaire se fait très lentement dans le canton parce que les propriétaires de terrains vacants ne sont pas enclins à les développer. « Nous avons de la zone blanche, mais tout le monde est assis dessus, remarque-t-il. Ça se bâtit tranquillement sur des ilots déstructurés. »

Études

En ce qui concerne les inquiétudes au sujet de l’eau potable, M. Bouchard, affirme qu’une étude réalisée il y a quelques années par le propriétaire du club de golf indiquait qu’il y en avait suffisamment pour 1500 portes. « On va demander une autre étude pour voir si ça a changé, affirme le maire. Au niveau des systèmes de traitement des eaux usées, on doit aussi voir si le cours d’eau est capable de prendre les rejets de l’usine. Si ce n’est pas le cas, on ne signera pas d’entente ou on devra revoir le nombre de maisons à la baisse. »

Intérêt

« C’est dans l’intérêt de la communauté d’avoir plus de monde pour avoir une meilleure offre commerciale, conclut M. Bouchard. Nous avons essayé d’avoir une coopérative de santé, mais ça n’a pas marché. Ça aurait peut-être été différent si on avait été 1000 de plus. On a aussi un parc industriel avec des terrains moins chers qu’ailleurs, mais les entreprises ne veulent pas s’installer parce qu’elles disent que notre bassin de main-d’œuvre est trop faible. Je sais qu’un projet comme ça peut amener des inconvénients, mais il y en aura aussi si on ne se développe pas. »