Construction de 21 éoliennes dans les Jardins-de-Napierville: le projet refusé en raison des conséquences négatives pour l’agriculture

Actualité. Les promoteurs du projet éolien Les Jardins ont essuyé un nouveau revers à la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) qui refuse d’accorder l’autorisation d’ériger 21 éoliennes sur des terres agricoles situées sur le territoire de la MRC des Jardins-de-Napierville.

Dans une décision de 33 pages rendue le 10 septembre, la CPTAQ confirme son refus d’autoriser ce projet. Cette décision est conséquente avec son orientation préliminaire, rendue publique en mai 2026, qui allait dans le même sens. La Commission estime que ce projet aurait entraîné la perte permanente de superficies cultivées de 10,5 hectares.

« En soupesant l’ensemble des critères et des observations faites à l’égard de ceux-ci, la Commission considère toujours que dans le contexte agricole et les particularités régionales propres à ce territoire, ce projet entraîne des conséquences négatives sur le territoire et les activités agricoles, conclut la CPTAQ. Et malgré les mesures proposées et les témoignages exprimés visant à réduire ces conséquences, les pertes de plusieurs hectares des meilleures terres agricoles du Québec sont suffisamment importantes pour justifier le refus de cette demande. »

« La CPTAQ a rendu sa décision finale sur le projet éolien Les Jardins. Nous en prenons acte, a commenté le préfet de la MRC des Jardins-de-Napierville Yves Boyer, sur sa page Facebook. Ce projet a été porté collectivement par le conseil de la MRC, dans un objectif de développement économique régional, jamais comme une démarche personnelle. »

Incompréhension

C’est la toute première fois que la CPTAQ s’oppose à un projet éolien. Parmi les promoteurs du projet, on compte Kruger Énergies, mais également la MRC des Jardins-de-Napierville, qui a investi 1,3 M$ à ce jour dans ce projet. Son préfet, Yves Boyer, dénonce cette décision qui privera la région de précieuses redevances qui auraient permis de réaliser de nombreux projets au profit des citoyens, pense-t-il.

Selon les informations recueillies à même la décision, ce projet d’une valeur de 415 M$ aurait permis de générer des dividendes de l’ordre de 37 M$ pour la MRC des Jardins-de-Napierville. Les promoteurs prévoyaient sa mise en service au plus tard en décembre 2028.

« On ne s’attendait jamais à cette décision parce que c’est du jamais vu, lance M. Boyer. Il est question de la perte de terres, mais l’argument ne tient pas la route parce que Kruger s’engageait à remplacer le double des superficies perdues en aménageant de la friche, mais ça n’a pas été retenu par les commissaires. »

Comment on va faire juste pour maintenir nos services ? Le mur s’en vient et on le voit.

Yves Boyer, préfet de la MRC des Jardins-de-Napierville

Qualité des terres

L’incompréhension face à cette décision est d’autant plus grande que le parc éolien Montérégie et le parc éolien Des Cultures sont tous deux construits sur des terres agricoles à Saint-Rémi et Saint-Michel, entre autres. « À Saint-Rémi, il n’y a pas eu de dommages sur les rendements parce que l’argent généré par les éoliennes a été investi sur la machinerie, ce qui a augmenté le rendement. C’est ce qu’un agriculteur est venu dire à la Commission », soutient M. Boyer. 

La majorité des éoliennes du projet des Jardins devaient être construites sur des terres agricoles de classe 2 et 3 (la classe 1 représentant la plus haute qualité de terre arable). « Hydro-Québec nous a choisis, on nous a laissés aller, et à la fin, après deux ans, on commence à changer les critères, déplore le préfet. Choisissez-nous pas si ça prend des terres de classe 4 ou 5, on n’en a pas ! »

Selon lui, tous les critères attendus avaient été respectés pour que le projet passe à l’étape suivante, dont le partenariat avec la communauté mohawk de Kahnawake et le critère de l’acceptabilité sociale. 

Perte de revenus

M. Boyer espérait pouvoir compter sur ces nouveaux revenus pour maintenir et bonifier les services offerts aux citoyens de la MRC. En vertu de l’entente entre les partenaires du projet, Sherrington aurait reçu environ 560 000 $ par année en dividendes, et ce, pendant 30 ans. Cette somme aurait été respectivement de 200 000 $ et de 350 000 $ annuellement pour Saint-Michel et Saint-Édouard. À cela s’ajoutent les redevances aux agriculteurs et une somme d’environ 2 M$ par année qui aurait été répartie entre les 11 municipalités de la MRC. 

« Notre territoire est agricole, donc il n’y a pas de possibilité de faire des projets domiciliaires, note M. Boyer. On aimerait investir dans nos services, mais on fait comment ? C’est bien beau être le jardin du Québec, mais à un moment donné, il va falloir que quelqu’un paie pour qu’on soit le jardin de la province. On se bat pour le bien-être de notre région et de nos citoyens. On a besoin d’un levier financier pour nos services, nos premiers répondants, l’entretien de nos routes. On n’est pas capable d’investir dans notre développement économique parce que notre population ne peut pas augmenter. »

Cri du cœur

M. Boyer déplore aussi le manque d’appui que la MRC a reçu au niveau politique. « On a essayé de joindre la première ministre au premier et au deuxième refus, mais on a toujours été ignorés, dit-il. J’ai demandé à rencontrer Mme Fréchette trois fois. Elle est dans Sanguinet, dont Saint-Rémi fait partie. Elle n’est jamais venue. »

« C’est un cri du cœur pour les petites municipalités. Sherrington a des terrains et des projets, mais je suis obligé de me gratter la tête pour savoir où je vais trouver l’argent pour aider nos aînés. Ce n’est pas normal. Être maîtres chez nous, est-ce qu’on peut l’être nous aussi ? », conclut M. Boyer.