Innover pour réduire les fongicides en agriculture

Environnement. Depuis plus de 30 ans, Odile Carisse consacre sa carrière à un objectif ambitieux : réduire l’usage des fongicides en agriculture, tout en préservant la santé et le rendement des cultures. Chercheuse au Centre de recherche et de développement de Saint-Jean-sur-Richelieu d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), elle est reconnue à l’échelle mondiale pour son expertise en prévention des maladies des cultures causées par les champignons.

C’est lors de son baccalauréat à l’Université McGill, à Montréal, qu’Odile Carisse découvre la phytopathologie, la science qui étudie les maladies des plantes. Inspirée par un professeur passionné, elle prend conscience de l’importance de cette discipline. « C’est à ce moment-là que j’ai voulu devenir chercheuse en phytopathologie », se souvient-elle.

En 1992, elle entame sa carrière de chercheuse chez AAC, avec pour mandat de développer des outils permettant de réduire la dépendance de l’agriculture envers les fongicides, une orientation soutenue par le gouvernement du Québec.

Comprendre pour mieux prévenir

Les fongicides sont des produits chimiques ou biologiques appliqués sur les cultures pour contrôler les maladies causées par les champignons, explique-t-elle. « Ces champignons produisent des spores, des particules microscopiques qui leur permettent de se reproduire et de se déplacer. Invisibles à l’œil nu, elles sont donc très difficiles à détecter et à quantifier dans de vastes champs agricoles », poursuit la chercheuse.

Le défi fut de taille : Mme Carisse, son équipe et son collègue, Hervé Van Der Heyden (Ph. D.), développeront pendant deux ans des capteurs de spores destinés aux cultures d’oignons. « Notre innovation a ensuite été de concevoir des outils moléculaires capables de compter ces spores », enchaîne Mme Carisse.

Grâce à ces capteurs, les agriculteurs peuvent savoir, en moins de 24 heures, si des champignons sont présents dans leurs champs, assure-t-elle. Cette technologie permet de réduire de 20 à 30 % l’usage des fongicides, tout en préservant la productivité et la santé des cultures. « Si le champignon n’est pas présent, ça ne sert à rien pour le producteur de traiter ses terres avec des fongicides », souligne la chercheuse.

Les producteurs agricoles qui le souhaitent peuvent se procurer ces capteurs de spores par l’intermédiaire de leur agronome. « Certains laboratoires de proximité offrent même un système clé en main, comprenant le capteur, la collecte des échantillons et leur analyse », ajoute Mme Carisse.

« J’ai beaucoup de chance d’être entourée d’une belle équipe qui est aussi passionnée que moi. Le métier de chercheur est le plus beau métier du monde », confie-t-elle. Cette collaboration fructueuse a permis de faire rayonner leur innovation bien au-delà des frontières du Québec. Ces capteurs de spores ne sont cependant pas encore déployés dans le Haut-Richelieu, fait remarquer Odile Carisse.