Inondations historiques de 2011: six mois à l’hôtel après avoir perdu leur maison

ACTUALITÉ – Les souvenirs sont encore frais dans leur mémoire. Un sous-sol inondé en l’espace de quelques heures, un séjour forcé de six mois et deux semaines dans un hôtel et, surtout, un élan de solidarité hors du commun. Citoyens de Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix, Richard Poulin et Michèle Bigonesse ont beaucoup perdu lors des inondations de 2011. Ils racontent leur histoire.

C’était l’une des dernières nuits d’avril. Depuis quelques jours, l’eau avait commencé à monter dans le canal longeant la 57e Avenue. Rien d’alarmant ou même d’inhabituel à cette période de l’année, évaluait le couple. Mais au petit matin, l’eau s’était engouffrée à fort débit dans leur sous-sol. Des milliers de litres d’eau, du plancher au plafond. Du jamais vu.

Richard Poulin se rappelle d’avoir appelé son frère à l’aide, avoir reçu un coup de main du voisin ou même avoir pris la décision de couper l’électricité pour éviter les risques d’incendie. Il avait aussi compris rapidement que c’en était fait pour sa maison, qu’il valait mieux prêter main forte à ses voisins et sauver ce qu’il était possible de sauver.

La résidence du couple n’avait jamais connu une inondation semblable. Un seul événement s’était produit au début des années 1970. À l’époque, la résidence faisait office de chalet pour la famille Bigonesse et le sous-sol servait uniquement à entreposer leur bateau pour l’hiver.

Le couple est resté près de 200 jours à l’Auberge Harris où 32 sinistrés étaient hébergés aux frais de la Croix-Rouge. Leur histoire avait fait l’objet d’un article dans Le Canada Français.

Évacuation

Cinq jours plus tard et après autant de nuits passées dans une maison froide et humide, les autorités ont ordonné au couple de quitter les lieux. Michèle Bigonesse ne cache pas que la prise en charge par la Croix-Rouge a été un grand soulagement. Un lit confortable, une douche chaude et des repas leur étaient offerts gratuitement.

Mais ça ne devait être que pour trois jours, le temps que l’eau se résorbe. Erreur. La température n’avait pas dit son dernier mot. Jusqu’au 12 juin, l’eau est demeurée stagnante dans le sous-sol. Impossible de la pomper à l’extérieur. Au moins deux pieds et demi d’eau couvraient le terrain et la rue devant la résidence. C’est en chaloupe que le couple allait prendre soin de ses chats.

Rebâtir

Les semaines ont passé et les autorités ont confirmé que la maison était trop dangereuse pour les accueillir à nouveau. Il a donc fallu démolir et rebâtir. Par chance, la base de la résidence avait résisté aux inondations. Le couple a ainsi pris la décision de surélever son terrain, d’ajouter deux pieds au solage existant et de condamner l’entrée de cave extérieure.

On aurait pu s’empoisonner si nous étions restés.

-Michèle Bigonesse

C’est finalement le 23 novembre que Richard Leblanc et Michèle Bigonesse ont pu quitter l’Auberge Harris où ils étaient logés depuis avril pour passer une première nuit dans leur nouvelle maison. Il n’y avait sur place qu’un lit gonflable, une table et deux chaises. Les nouveaux meubles devaient arriver plus tard. Cette journée marquait aussi l’anniversaire de Mme Bigonesse.

La résidence du couple est située sur la 57e Avenue, à Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix. La rue a été complètement inondée en 2011.

Solidarité

Dix ans plus tard, les deux sinistrés sont très heureux d’avoir pris la décision de rebâtir au même endroit. En fait, il ne leur a même jamais frôlé l’esprit de quitter Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix. Les modifications portées au terrain et au solage les rendent confiants que d’éventuelles inondations majeures n’auront pas raison de leur nouvelle maison.

Ils retiennent beaucoup de positif de cette mésaventure. La gentillesse de Mme Poulin, la propriétaire de l’Auberge Harris. La création de nouveaux liens d’amitié avec des voisins qu’ils ne connaissaient pas. La solidarité de la région. Le soutien présenté par la Sécurité publique ou encore la Croix-Rouge. Ce souper au cochon braisé offert gratuitement à de nombreux sinistrés de la région.

«On n’était pas dans la misère noire», de dire Richard Poulin qui relativise sa situation. Pourtant, rien n’a été facile. «Au début, on faisait rien que ça, des poches de sable. On travaillait 20 heures sur 24», se souvient-il. Un des chats de la maison est par ailleurs décédé en raison de l’air contaminé.

«On va avoir connu le Grand Verglas, les inondations et maintenant la COVID. C’est drôle. Pendant les inondations, on ne pouvait pas rester dans notre maison et là, en 2021, on est pris dans notre maison», de conclure avec ironie Mme Bigonesse.