La médaille du sacrifice pour avoir combattu en Ukraine

Actualité. Après s’être porté volontaire pour aller combattre au front en Ukraine en 2022, où il est resté six mois, Denis Perrier, qui est pompier à Saint-Jacques-le-Mineur, s’est récemment vu remettre la médaille du Sacrifice de la part du Congrès ukrainien canadien (UCC).

La médaille du sacrifice de l’UCC « honore les citoyens canadiens tombés ou blessés au combat qui ont servi au sein des Forces armées ukrainiennes en défense de l’Ukraine contre la guerre génocidaire menée par la Russie », selon le site Web de l’organisation.

Syndrome de l’imposteur

M. Perrier n’était pas le seul à recevoir cette médaille. Deux de ses frères d’armes tombés au combat, Émile-Antoine Roy-Sirois et Jean-François Ratelle, la recevaient aussi à titre posthume. La cérémonie, qui avait lieu à Montréal en présence des familles des défunts soldats, était particulièrement émouvante.

« J’avais un petit peu le syndrome de l’imposteur parce que je pouvais parler ; j’étais là physiquement, [mais] je trouvais que je ne la méritais pas parce que j’étais vivant », raconte M. Perrier. « Ça a pris un gros mois avant de vraiment l’accepter [la médaille] », explique-t-il.

Pour M. Perrier, cette distinction va au-delà de ses accomplissements personnels sur le front. « Dans le fond, je la reçois au nom de mes camarades, tous ceux qui sont encore là-bas, tous ceux qui sont décédés au combat, ceux qui sont très gravement atteints », poursuit-il. C’est aussi au nom de l’unité qu’il a créée et guidée pendant trois mois sur les champs de bataille qu’il reçoit la « médaille la plus importante de sa carrière ».

Souffrance humaine

Si la distinction offerte par le Congrès ukrainien canadien ne représente pas une médaille officielle délivrée par le gouvernement canadien, M. Perrier n’en est pas moins fier.

« Elle représente tellement d’intensité, le fait de traverser l’océan, d’aller aider un pays, un pays souverain qui se fait envahir […] puis à cause de tous les décès », dit-il. En regardant la décoration, M. Perrier ne peut s’empêcher de penser à ce qu’il a vécu là-bas. « Les blessés, la population ukrainienne qui est bombardée au quotidien. Comme c’est incroyable cette espèce de souffrance humaine ! Les enfants, beaucoup beaucoup d’enfants. De voir ça là-bas, comme ils sont dans la misère ! », ajoute-t-il.

Un bilan difficile

L’Ukraine n’était pas la première participation militaire de M. Perrier. Déjà en 1987, il est revenu de Chypre après avoir participé à une mission des Nations Unies. En 1995, après avoir quitté les forces régulières de l’armée canadienne, il a été déployé, en tant que réserviste, en Bosnie-Herzégovine, un conflit particulièrement traumatisant. En plus de son expérience militaire, Denis Perrier a aussi servi pendant 30 ans au Service de police de la Ville de Montréal.

Malgré son parcours professionnel antérieur, l’Ukraine a été particulièrement éprouvante. Il raconte qu’un mois après être revenu des lignes ukrainiennes, il était tout le temps dans sa tête, tout le temps en train de penser, dit-il avec émotion, même si son retour date de 2022.

« J’ai de la misère à [blâmer mes problèmes de sommeil] sur l’Ukraine, parce que d’aussi loin que je me souvienne, je ne dors pas », poursuit-il. Problèmes de sommeil qu’il attribue plutôt à son retour de Bosnie, presque 30 ans passés.

Aussitôt que je ne fais rien, on dirait que j’ai comme des idées noires, il y a des choses qui reviennent, je me mets à marcher dans la maison. On dirait que je creuse une tranchée.

Denis Perrier

Travailler pour se distraire

Pour éviter de s’embourber dans les pensées négatives, M. Perrier s’implique socialement. Ce qui l’allume, ce sont les activités qu’il considère comme « vraies ». C’est pourquoi, même après avoir officiellement pris sa retraite en tant que policier, il continue les emplois parallèles et le bénévolat.

Depuis plus de 25 ans, il est bénévole pour Ambulance Saint-Jean. Il est aussi pompier volontaire depuis 2009 et garde de sécurité pour une firme privée. Il a aussi servi pour la Garde côtière pendant quatre ans, près de Saint-Jean-sur-Richelieu. « C’est beaucoup pour tenir ma tête occupée », explique-t-il.

« C’est sûr que je ne profite pas de la vie comme un retraité. Je regarde tous les autres policiers retraités et je les vois en voyage, au golf, c’est incroyable comme vie. Moi, il faut que je fasse du bénévolat, il faut que je travaille », poursuit celui qui cumule près de 900 dons à Héma-Québec.

Marqué par l’Ukraine

Malgré les dernières années éprouvantes, Denis Perrier aimerait bien retourner en Ukraine, au front. Ce qui incite M. Perrier à repartir, c’est l’impression de ne pas avoir terminé quelque chose. « Je vois encore des enfants mourir, on voit les Russes attaquer avec les drones, envoyer des missiles vers les civils », poursuit-il.

Cependant, d’un point vu plus réaliste, la tâche n’est pas si simple. « À 60 ans, la haute pression, le diabète, toutes les maladies, je sais que ça n’a aucun sens, mais en même temps, c’est plus fort que moi », déclare-t-il.

Le projet est véritablement complexe à réaliser, notamment en raison du processus pour s’enrôler qui est long et ardu. Sans compter que le danger est omniprésent une fois sur place.