La prison avec sursis pour conduite dangereuse
Justice. Martin Proteau, 21 ans, de Lacolle, a été condamné le 31 janvier à une peine de deux ans moins un jour de prison à purger dans la communauté. En juin 2024, il avait plaidé coupable à une accusation d’avoir conduit dangereusement son auto et d’avoir causé des blessures à deux personnes, le 5 novembre 2022, à Saint-Bernard-de-Lacolle.
Une interdiction de conduire de cinq ans prenant effet à compter de l’imposition de la peine a été prononcée. Pendant qu’il purgera sa peine dans la communauté, Proteau devra effectuer 100 heures de travaux communautaires. Par la suite, il sera soumis à une probation durant deux ans et devra faire 100 autres heures de travaux communautaires.
Les événements
Le soir de l’accident, l’accusé était avec deux amis. Comme il l’avait déjà fait auparavant, il a emprunté la piste cyclable en voiture. Les deux passagers ont protesté à quelques reprises, mais l’accusé a continué à rouler à vive allure sur la piste. Arrivé à la hauteur d’un petit pont, l’accusé a perdu la maîtrise du volant. L’expertise a montré qu’il circulait à 123 km/h quelques secondes avant le déclenchement des coussins gonflables.
Blessures
Les trois jeunes gens sont demeurés coincés durant une longue période dans la carcasse du véhicule. Une des victimes a repris connaissance et a réussi à contacter son père pour obtenir des secours. L’utilisation des pinces de désincarcération a été nécessaire et l’opération pour les secourir a duré plus de deux heures. Les victimes ont évalué entre quatre et six heures le temps qu’elles sont demeurées immobilisées dans le véhicule.
Les blessures subies par les victimes ont nécessité des interventions chirurgicales et une longue période d’hospitalisation. L’une d’elles a eu des fractures aux fémurs et aux vertèbres. Elle a souffert d’une embolie pulmonaire. L’autre victime a eu de nombreuses fractures et a été blessée à un poumon. C’est sans parler des conséquences psychologiques.
Témoignages
Lors des observations sur la peine, le 31 janvier, la passagère a témoigné qu’elle éprouvait encore des douleurs et des inconforts. Elle a eu beaucoup de flashbacks des moments où elle était coincée dans la voiture. Elle a eu l’impression d’être emprisonnée dans son propre corps. L’accident a été une grosse épreuve.
L’autre victime, qui s’est avancée devant le juge en boitant, a relaté longuement les conséquences de l’accident. Elle éprouve toujours des problèmes à la hanche et au dos et elle n’a retrouvé que la moitié de la force d’une main. Sa vie est maintenant différente. Elle a dû consulter un psychologue, car elle avait de la difficulté à dormir, et elle doit gérer les tâches de la vie quotidienne. Elle aussi a des flashbacks des événements de cette nuit-là.
De son côté, l’accusé a témoigné qu’il avait subi une grosse commotion cérébrale au point de ne pas se rappeler ce qui avait précédé et suivi l’accident. Quand la mémoire lui est revenue, il ne cessait de penser chaque jour aux événements, a-t-il dit en pleurant.
Recommandation
La peine de détention avec sursis a fait l’objet d’une suggestion commune des avocats. Me Simon Boulianne, procureur de la poursuite, a averti l’accusé qu’un manquement aux conditions du sursis ne serait pas traité par la poursuite comme dans le cas d’un dossier de moindre envergure.
Le procureur a souligné que si ce n’avait été de la victime qui a réussi à contacter son père pour obtenir des secours, on ne sait pas ce qui serait advenu des personnes coincées dans l’auto.
Faible risque de récidive
Le rapport présentenciel dressant le profil de l’accusé est positif et le risque de récidive est considéré comme faible, a noté le procureur, ajoutant qu’un suivi de l’accusé était toutefois nécessaire.
« C’est un drame, c’est une catastrophe qui a chamboulé la vie de tout le monde », a ajouté de son côté Me Richard Ouellet, avocat de la défense. Il a dit comprendre le traumatisme subi par les victimes emprisonnées dans le véhicule et aucune peine ne pourra changer les choses.
Le jeune homme éprouve des remords et des regrets, a-t-il poursuivi, faisant observer que l’accusé sera sous la surveillance de la justice au cours des quatre prochaines années.
Peine
Le juge Stéphane Godri a estimé que la peine suggérée n’allait pas à l’encontre de l’intérêt public. Il a souligné que l’accusé n’avait que 19 ans au moment des événements. S’il avait eu 30 ans, il n’aurait pas été question de sursis, a-t-il précisé. C’est évident qu’il était immature, mais il assume la responsabilité de ce qui est arrivé. Pour moi, a ajouté le juge, c’est la base de la réhabilitation. En expliquant longuement aux victimes le fondement de sa décision, il n’a pas voulu leur faire changer d’idée sur la trop grande clémence de la peine, mais son objectif était qu’elles en comprennent la raison.
