L’avenir du fort Lennox est incertain
Malgré d’importants travaux de restauration réalisés pendant cinq ans sur le lieu historique national du Fort-Lennox, les espaces intérieurs du site sont inaccessibles depuis juillet 2024 en raison de problèmes de moisissures. Parcs Canada n’a pas encore pris de décision à savoir si ces lieux allaient rouvrir en 2026 et « évalue l’option de réviser en profondeur le modèle d’exploitation ».
Le fort Lennox, qui a été construit de 1819 à 1828, a été complètement fermé au public de 2017 à 2022, afin de permettre l’exécution de travaux de restauration. Ces travaux, d’une valeur de 14,9 M$, visaient principalement la Caserne et la porte nord.
Le site a de nouveau accueilli les touristes en 2023, avant de devoir fermer ses portes une seconde fois en juillet 2024, après la découverte d’un important problème de moisissures affectant l’intérieur des bâtiments.
« Malgré ces investissements, des enjeux d’humidité et de moisissure limitant l’accès à certains bâtiments, ainsi que des signes d’instabilité observés sur des structures n’ayant pas fait l’objet de travaux de restauration antérieurs, rendent tout accès à l’intérieur dangereux pour le public et les employés », explique Géraldine Duvernay, agente de partenariat, engagement et communications chez Parcs Canada, dans un échange de courriels.
« Les travaux nécessaires afin de permettre la réouverture de la Caserne sont principalement reliés au nettoyage de poussières et de moisissures à enrayer, ainsi qu’au nettoyage et à l’encapsulage d’amiante, de plomb et silice », ajoute-t-elle.
D’autres problèmes
D’autres problèmes, qui s’ajoutent à celui de la moisissure, forcent Parcs Canada à réévaluer son modèle d’exploitation du site.
« Situé sur une île et composé d’un important système de fortifications, le fort Lennox est exposé à des contraintes uniques liées à son environnement, précise Mme Duvernay. Les impacts des changements climatiques accentuent ces défis, notamment par l’augmentation des cycles de gel et de dégel ainsi que par de fortes variations de température et d’humidité, qui ont des effets significatifs sur les structures historiques et la maçonnerie.»
«La caserne, élément principal de la fortification, a été érigée sur un sol argileux, avec une nappe phréatique située à seulement trois pieds sous la surface. Avec le temps, ces conditions représentent un défi d’entretien constant, année après année», poursuit Géraldine Duvernay.
Quel avenir pour le fort?
Ces nombreux défis et les coûts que leur gestion engendre forcent Parcs Canada à réévaluer la façon dont il exploite le site.
« Avec l’humidité, les moisissures et la contamination dans les bâtiments, des frais d’exploitation élevés, mais aussi une faible fréquentation du lieu historique, Parcs Canada évalue l’option de réviser en profondeur le modèle d’exploitation afin qu’il soit plus viable et sécuritaire pour le public et les employés. Aucune décision n’a été arrêtée à ce stade concernant la saison 2026», assure Mme Duvernay.
Réaction du maire
Le maire de Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix, Jacques Desmarais, a eu vent des rumeurs concernant l’avenir du fort Lennox. « On a entendu que le gouvernement voulait peut-être céder le site. J’ai entendu que ça ne rouvrirait pas cet été », dit-il, précisant du même coup qu’il n’avait reçu aucune confirmation en ce sens de la part du gouvernement.
« C’est sûr que ça ne ferait pas mon bonheur, insiste-t-il. Ça nous inquiète parce que ça fait partie de notre identité. C’est un joyau de Saint-Paul. Si le gouvernement ne veut plus aller de l’avant, il faut essayer de le garder en vie, mais à quel prix? »

Un peu d’histoire
Le fort Lennox est le troisième fort qui a été construit sur l’île aux Noix pour prévenir les invasions par la rivière Richelieu.
L’île a d’abord été fortifiée par les Français en 1759, capturée par les Anglais l’année suivante, puis occupée en 1775 par les Américains qui projetaient d’attaquer le Canada. Lorsque les Britanniques ont repris l’île, ils y ont construit un nouveau fort qui a permis de protéger une importante base navale au cours de la guerre de 1812.
Plus tard, ce fort a été rasé et un nouvel ouvrage en pierre, le fort Lennox actuel, a été construit, entre 1819 et 1829, pour garder la frontière. Une garnison l’a occupé jusqu’en 1870.
Pendant les Insurrections de 1837-1838, des Patriotes y ont été emprisonnés temporairement.
Puis de 1858 à 1862, les casernes militaires de l’île aux Noix ont tenu lieu de prison de réforme pour y accueillir des délinquants âgés de moins de 21 ans.
