Spectacles et camions de cuisine de rue menacés
Actualité. La brasserie et distillerie Terre à Boire, située à Saint-Blaise-sur-Richelieu, a pour habitude de proposer à sa clientèle du divertissement et des options de restauration durant l’été. Pour cela, les propriétaires font venir des musiciens et des camions de cuisine de rue sur leur terrain. Leur présence est pour le moment encore tolérée, mais ce ne sera bientôt plus le cas. La brasserie compte faire tout ce qui est en son pouvoir pour avoir le droit de poursuivre ses activités complémentaires à sa vocation agricole. Terre à Boire peut compter sur le soutien de la population : une pétition lancée au début août a rallié près de 6000 signatures.
Lorsque la brasserie Terre à Boire a ouvert ses portes en 2021, elle n’a pas eu à faire de demandes particulières. « Le projet était petit, on respectait toutes les normes pour le territoire agricole », explique Jason Audette, copropriétaire de la distillerie. Maintenant que le projet a pris de l’ampleur, si la brasserie désire continuer à proposer de la nourriture et des spectacles, des autorisations seront requises.
Diverses demandes
Souhaitant continuer à se développer, Terre à Boire voudrait augmenter son nombre de places assises à l’intérieur et son nombre de cases de stationnement, et elle souhaiterait avoir l’autorisation de faire venir des camions de cuisine de rue, de présenter des spectacles ainsi que de tenir un marché de producteurs agricoles. Pour cela, elle doit obtenir une autorisation de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ).
Cependant, selon Jason Audette, rien ne peut être fait sans le feu vert de la Municipalité et de la Municipalité régionale de comté (MRC) du Haut-Richelieu, puisque ces autorisations sont préalables à la poursuite des démarches. Pour mieux se retrouver parmi toutes ces demandes et les nombreuses règles et pour être certaine de faire les choses correctement, la brasserie a fait appel à un avocat.
Difficultés
Selon le copropriétaire de la brasserie, la Municipalité a accepté les demandes assez facilement. Cependant, avec la MRC, les choses se sont compliquées. « J’ai fait ma demande à la Municipalité. Elle s’est réunie et a pas mal accepté nos demandes. Après ça, la Municipalité a envoyé ça à la MRC, détaille M. Audette. La MRC ne nous a pas convoqués. Elle ne nous a pas posé de questions. Rien. » Sept à huit mois d’attente plus tard, la MRC du Haut-Richelieu a refusé les demandes.
« C’est un commerce qui va très bien à Saint-Blaise, précise Bruno Paquette, le maire de Saint-Blaise. Mais sur certaines choses, ils ne respectent pas la réglementation. On a voulu modifier nos règlements, mais on est bloqué par la MRC. Je ne sais pas s’il y aura une ouverture de la part de la MRC pour modifier [les réglementations], mais [même si c’était le cas], ce n’est pas quelque chose qui va prendre un mois ou deux. Ils ne referont pas le schéma d’aménagement juste pour Terre à Boire. Ils vont devoir le refaire au complet dans le territoire. C’est quelque chose qui peut prendre un, deux ou trois ans. »
Le préfet de la MRC du Haut-Richelieu, Éric Latour, n’a pas souhaité commenter le dossier pour le moment, car le conseil des maires n’a pas encore été saisi du dossier et il n’y a eu aucune réunion à ce sujet.
Autorisation spéciale
Étant donné que les réglementations de la Municipalité ne seront pas changées pour accommoder le projet de la brasserie, Terre à Boire tente d’obtenir une autorisation spéciale lui permettant tout de même de grandir.
Les négociations difficiles avec la MRC ne sont pas le seul frein au développement de la brasserie, un nouveau voisin a déposé des plaintes pour nuisance sonore. Les propriétaires se disent plutôt surpris de la situation, car ils étaient allés à la rencontre du voisin à son arrivée afin de discuter avec lui.
La brasserie ferme généralement à 21 h en semaine et à 22 h le week-end, alors qu’elle pourrait théoriquement rester ouverte jusqu’à 3 h du matin. Les spectacles ne finissent pas après 17 h, et Jason Audette mentionne que les camions de cuisine de rue ne font pas de bruit.
Oui, on trouve ça malheureux, mais on a eu des plaintes. Et à partir du moment où on reçoit une plainte [d’un citoyen] par rapport à des choses qui ne sont pas conformes dans notre réglementation, on n’a pas le choix d’agir.
Bruno Paquette, maire de Saint-Blaise-sur-Richelieu
Ces situations ne sont pas rassurantes pour la brasserie, mais cela ne devrait pas l’empêcher de continuer ce type d’activités, au moins jusqu’à la fin de l’été. La Municipalité tolère que la distillerie continue à accueillir des camions de cuisine de rue ainsi que divers artistes jusqu’au 7 septembre 2026.
Soutien
Afin de démontrer à la Municipalité, à la MRC et à la CPTAQ l’importance de la présence de Terre à Boire dans la région, la brasserie a lancé une pétition sur ses réseaux sociaux. Le 19 août, soit 17 jours après le début de la pétition, elle cumulait déjà près de 6000 signatures.
Selon Jason Audette, la pétition a pour but de « montrer qu’on est de bonne foi, qu’on est un pôle touristique quand même important de notre village, sinon de notre région touristique. Il y a du monde de partout qui vient ici ».
La brasserie est soutenue par de nombreux acteurs de l’agrotourisme local. « On est appuyés par Tourisme Haut-Richelieu, Tourisme Montérégie, le circuit du Paysan, la route du Richelieu, la chambre de commerce du Richelieu, énumère Jason Audette. La MAPAQ (ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec) nous subventionne pour plusieurs choses ici. Je pense qu’ils aiment bien notre projet. »
Il est encore possible de signer la pétition jusqu’au 3 septembre sur la page Facebook de la brasserie ou en se rendant sur place. « Les gens peuvent aller appuyer la pétition, venir la signer en personne aussi. Un food truck, ça ne dérange pas grand monde. Les spectacles, on les faisait en après-midi, on n’est pas excessifs », conclut M. Audette.
