Âgée de 98 ans: Micheline Leroux risque l’expulsion du pays

Âgée de 98 ans: Micheline Leroux risque l’expulsion du pays

Micheline Leroux et sa fille, Ghislaine Fleury, attendent impatiemment la réponse du gouvernement canadien.

Crédit photo : Coup d'œil – Marc-André Couillard

ACTUALITÉ – Micheline Leroux a 98 ans. En 2012, elle quitte sa France natale, où elle habitait seule, pour venir rejoindre sa fille, Ghislaine Fleury, et son conjoint, qui résident à Saint-Valentin. Cela fait maintenant deux ans que Mme Fleury a entamé les démarches pour que sa mère obtienne sa résidence permanente. Le gouvernement canadien ne cesse d’imposer de nouvelles exigences à Mme Leroux et entre-temps, elle a reçu une lettre l’enjoignant à quitter le pays immédiatement.      

Mme Leroux réside au Canada en vertu d’un visa de touriste. L’ennui, c’est qu’il faut constamment renouveler ce visa puisqu’il n’est valide que pour six mois ou un an à la fois.

C’est la raison pour laquelle, en 2016, Mme Fleury a fait les démarches pour que sa mère obtienne un statut de résidente permanente, grâce au programme de parrainage de parents et de grands-parents du ministère Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Le 28 février, Mme Fleury a envoyé une énième demande de prolongation du visa de sa mère à la date limite pour le faire. En juin, soit quatre mois plus tard, elle reçoit une lettre du gouvernement canadien lui indiquant que sa demande de prolongation de visa a été envoyée trop tard et qu’elle doit immédiatement quitter le Canada sans quoi, des mesures exécutoires pourraient être prises contre elle.

«J’ai tout de suite fait une demande de renouvellement, mais est-ce qu’elle va être acceptée ?», se questionne Mme Fleury.

À 98 ans, Mme Leroux ne peut pas retourner en France. Elle n’a plus de famille là-bas et elle a vendu sa maison il y a quelques années. Sa fille vit dans l’angoisse en attendant les réponses qui ne viennent pas.

Résidence permanente

Parallèlement à la demande de renouvellement de visa, Mme Fleury complète le dossier de demande de résidence permanente pour sa mère.

Avant d’accorder ce statut, le gouvernement canadien impose un nombre incalculable d’examens médicaux à passer à Mme Leroux. Chaque fois qu’une étape est franchie, on exige d’elle qu’elle consulte un nouveau spécialiste ou qu’elle soumette de nouveaux documents. Cela est sans compter la nature des tests qu’on lui demande de subir, dont un pour détecter la syphilis et un autre pour le VIH. «Même l’infirmière était gênée», raconte Mme Fleury.

Cette dernière déplore le sort réservé aux aînés qui doivent subir ces examens. «Ils devraient faire une différence quand c’est pour des grands-parents pour leur éviter le stress, pense Mme Fleury. C’est illogique. Ils font tout pour ne pas que ça se passe bien.»

Gériatre

Mme Leroux s’est soumise à tous les examens médicaux requis. Elle a consulté un médecin désigné par le ministère de l’Immigration du Canada pendant trois heures, à Montréal. Le comble, c’est environ un mois plus tard, Mme Fleury a reçu un courriel demandant que sa mère soit vue par un gériatre dans les 30 jours. Elle devait elle-même trouver un spécialiste et ce dernier devait se prononcer à savoir si elle aura besoin de soins dans les cinq à dix années à venir.

«Même avec les gens plus jeunes, on ne sait pas ce qui peut arriver, souligne Mme Fleury. Ce qui m’énerve, c’est qu’ils savent très bien qu’on ne peut pas voir un gériatre comme ça. Ils me donnent 30 jours, c’est impossible. Ça m’a vraiment angoissé.»

C’est comme s’ils ne voulaient pas donner de résidence permanente à une personne âgée, alors que c’est un programme pour les grands-parents.

Ghislaine Fleury

Micheline Leroux et son arrière-petit-fils, Hugo.

Journal

C’est à ce moment que Mme Fleury a décidé d’écrire au journal La Presse. Le journaliste Mario Girard a écrit une chronique sur ce sujet, qui a paru le 28 juillet. Peu de temps après la parution de l’article, une gériatre a communiqué avec le journaliste pour offrir ses services. C’est de cette façon que Mme Leroux a réussi à obtenir un rendez-vous avec la spécialiste dans les délais, le 1er août.

«Chaque fois j’espère que c’est la dernière étape, déplore Mme Fleury. Quand j’ai fait la demande en 2016, si on m’avait dit que ça ne sert rien à 96 ans, parce qu’on n’accepte pas les personnes âgées, je n’aurais pas continué les démarches et déboursé 2000 $, pour me faire dire non à la fin.»

Pourtant, Mme Leroux est autonome et ne nécessite pas de soins. «Elle touche sa retraite en France qu’elle dépense ici, rappelle Mme Fleury. Elle fait profiter l’économie du Québec par son argent. Elle n’est pas sans ressource.»

D’ailleurs, au cours des six dernières années, Mme Leroux a fait deux chutes qui ont nécessité qu’elle reçoive des soins à l’hôpital du Haut-Richelieu. Comme elle n’a pas accès à l’assurance-maladie du Québec, elle a dû débourser pas moins de 50 000 $ pour obtenir ces soins.

«Jusqu’ici, elle n’a rien coûté au système de santé québécois», précise Mme Fleury.

Élus

À la suite de la parution de l’article de M. Girard, la conseillère municipale de Saint-Valentin, Nicole Lussier, a communiqué avec Mme Fleury pour lui offrir son aide.

«Elle m’a dit qu’elle avait parlé au député fédéral de Saint-Jean, Jean Rioux, et qu’il allait s’occuper du dossier, mais je n’ai pas eu de nouvelles», indique Mme Fleury.

Cette dernière souhaite que le gouvernement accorde rapidement la résidence permanente à sa mère. «On nous demande de nous occuper de nos personnes âgées, mais ils nous disent qu’elle ne peut pas rester chez nous, déplore-t-elle. Je ne peux pas retourner en France. J’ai travaillé 40 ans ici. Mes enfants et mes petits-enfants sont ici.»

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