De petites îles qui ont un grand rôle à jouer

Valérie -Legault vlegault@canadafrancais.com

De petites îles qui ont un grand rôle à jouer
Quatre des cinq îlots protégés se trouvent juste en aval du Fort-Lennox, à Saint-Paul-de-l'Île-aux-Noix. (Photo : : Maxime Dubé-Lahaie)

Nature. Qu’ont en commun l’île aux Branches, l’île aux Raisins et l’île Ronde ? Elles font désormais partie d’un chapelet de cinq îlots que Conservation de la nature Canada protégera à perpétuité sur le Richelieu. Le journal Le Canada Français a eu le privilège de visiter l’une d’entre elles afin de témoigner de leur rôle dans le fragile écosystème de la rivière.

L’organisme a annoncé sa plus récente acquisition à -Saint-Paul–de-l’-Île-aux-Noix en mai dernier. Les cinq îlots, qui occupent une superficie de 8,3 hectares, sont disposés de part et d’autre du -Lieu historique national du -Fort-Lennox. Quatre d’entre eux sont situés en aval de l’île aux -Noix.

Conservation de la nature -Canada nous a invitée cet été à visiter l’île la plus au nord. Notre guide, -Chantal -Cloutier, avait réalisé la semaine précédente un premier inventaire des lieux qu’elle s’apprête à nous dévoiler.

La chargée de projets de -Conservation de la nature -Canada pour la -Montérégie nous donne -rendez-vous à la -Pourvoirie -Guy -Mayer, à -Saint-Paul–de-l’-Île-aux-Noix. Deux chaloupes à moteur sont amarrées au quai. Claude -Mayer nous fait monter à bord de son embarcation. La rivière -Richelieu n’a plus de secrets pour lui.

« -Quand j’étais jeune, je reconduisais des campeurs sur cette île, -raconte-t-il en pointant l’île aux -Raisins, la plus grande des cinq. La fin de semaine, il y avait un village de tentes ici et un quai juste là. »

Protection

Les îlots sont devenus la propriété d’Yves -Racicot au cours de l’année 1964. Le père de famille s’en est porté acquéreur pour profiter de la nature avec ses trois enfants.

La famille -Racicot-Toupin en est toujours propriétaire, mais elle est désormais liée à -Conservation de la nature -Canada dans le cadre du -Projet de partenariat pour les milieux naturels, une subvention de 53 M$ accordée à l’organisme par le ministère de l’Environnement et de la -Lutte contre les changements climatiques.

« -La famille a manifesté son désir de conservation, explique la chargée de projets. Cela représentait une belle occasion pour nous, car la nature est très riche et diversifiée. »

Les îlots occupent une position stratégique. La rivière du -Sud s’y déverse à la même hauteur. Juste en face, on trouve la réserve écologique -Marcel-Raymond, à -Henryville. Éventuellement, la réserve de biodiversité projetée -Samuel-de-Champlain s’étendra tout près sur une superficie de 4,87 kilomètres carrés entre -Sainte-Anne–de-Sabrevois, -Henryville, -Saint-Paul–de-l’-Île-aux-Noix et -Lacolle.

Biodiversité

Nous nous dirigeons vers une toute petite plage du côté est de la première île en aval. Les endroits pour accoster sont rares. La majorité du rivage est composée d’herbiers aquatiques où l’on retrouve quantité de roseaux faisant plus de deux mètres de haut, des quenouilles et autres plantes submergées ou flottantes. C’est probablement là que se terre un cerf de -Virginie durant notre visite.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, nous avons vu les empreintes du cervidé dans le sol détrempé, au centre de l’île. Ce que confirme -Chantal -Cloutier, qui en a aussi aperçu des traces une semaine plus tôt. « -Il est probablement resté coincé ici après la fonte des glaces, mais je ne crois pas qu’il manque de quoi que ce soit », -dit-elle sur un ton assuré.

Habitat de choix

En effet, l’île où nous nous trouvons comporte un milieu boisé, ou plutôt un marécage arborescent composé d’érables argentés, de saules blancs et de saules noirs, de bons indicateurs de milieux humides. Le chêne bicolore et le carex, des essences beaucoup plus rares, ont aussi élu domicile au milieu de la rivière.

Les herbiers aussi représentent un habitat de choix pour de nombreuses espèces d’oiseaux et de mammifères, comme le rat musqué. La chargée de projets est même tombée face à face avec des ratons laveurs, « une espèce très opportuniste » qui excelle dans l’art de dénicher des œufs de tortue enfouis dans le sable.

Héron miniature

La topographie des îlots de -Conservation de la nature -Canada forme un habitat de prédilection pour le petit blongios. Le plus petit héron d’Amérique du -Nord est désigné comme une espèce vulnérable au -Québec. Chantal -Cloutier ne l’a pas encore observé.

« -Il aurait fallu passer plus tôt en saison pour l’apercevoir, -dit-elle. C’est un oiseau très discret. Il se tient dans les quenouilles et bouge comme elles pour se camoufler. »

Notre guide s’est réjouie d’apprendre qu’un plaisancier avait récemment aperçu un pygargue à tête blanche autour de l’un des îlots. L’aigle majestueux fait partie des espèces vulnérables du -Québec. Le regard à l’affût, nous avons pour notre part observé un magnifique balbuzard pêcheur perché sur la branche d’un arbre mort.

Il n’est pas rare non plus d’apercevoir des grands hérons, des troglodytes des marais, des hirondelles bicolores, des carouges à épaulettes et des moucherolles.

Régulateurs

Les milieux humides tiennent un rôle important dans la régulation des niveaux d’eau. Ils contribuent à contrer les inondations en absorbant le -trop-plein de la rivière, rappelle -Chantal -Cloutier. À l’inverse, les marais relâchent leur contenu en période d’étiage, ou quand le niveau d’eau est à son plus bas. Les herbiers accueillent aussi plusieurs poissons pendant la période de frai, au printemps.

Si la nature y est remarquablement bien conservée, elle n’en est pas moins victime de nombreux assauts causés par les vagues. « L’île -Ronde, la seule au sud de l’île aux -Noix, est presque disparue à cause de l’érosion », explique -Chantal -Cloutier. Impossible désormais d’y mettre le pied. On est loin de pouvoir y veiller autour d’un feu de camp, comme dans le jeune temps de notre capitaine !

Marais

Les autres îlots ont au moins l’avantage d’être entourés de marais qui brisent les vagues, « mais il y a de la dégradation quand même », constate notre guide. Conservation de la nature -Canada n’a pas le pouvoir de stopper le phénomène. En revanche, elle peut sensibiliser les plaisanciers aux dommages que peuvent causer leurs bateaux.

« -Nous prévoyons installer des panneaux d’interprétation autour des îles, annonce -Mme -Cloutier. Ils indiqueront qu’il s’agit de milieux très fragiles. L’accès au public sera interdit, sinon il pourrait rapidement détériorer le milieu. »

L’organisme qu’elle représente protège 15 millions d’hectares à travers le -Canada, dont un million d’hectares se sont ajoutés depuis les deux dernières années. Dans les années à venir, -Conservation de la nature -Canada prévoit doubler son impact.

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