La ferme Craven relève le défi du lait carboneutre
Agriculture. La ferme Craven, située à Clarenceville, fait partie d’un groupe de 20 fermes laitières québécoises sélectionnées pour participer à un ambitieux projet de recherche visant à diminuer l’empreinte carbone de la production laitière. Un travail de longue haleine pour tenter de rendre votre verre de lait carboneutre.
Propriétaire de l’exploitation depuis 1996 – qu’elle a rachetée de ses parents, Carol Venneman n’a pas hésité à se lancer dans l’aventure. Avec l’aide de son conjoint, elle gère un troupeau de 90 vaches laitières.
« Le Laboratoire vivant – Lait carboneutre » est financé par Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) à hauteur de 7 M$ sur cinq ans (2023-2028), dans le cadre du programme Solutions agricoles pour le climat – Laboratoires vivants.
« Je me suis embarquée dans ce projet parce que j’ai cinq enfants ! Je me soucie de l’environnement dans lequel ils vont grandir », confie Carol Venneman, qui a étudié en gestion et exploitation d’entreprises agricoles au Cégep de Saint-Jean. « J’aime l’idée de devenir ambassadrice pour les autres fermes. Tous les producteurs laitiers peuvent faire leur part pour améliorer leur empreinte carbone », poursuit-elle.
Réduire les émissions de méthane
Selon AAC, une vache laitière produit, en une seule année, une quantité de méthane équivalente aux émissions de gaz à effet de serre générées par une voiture moyenne parcourant 20 000 kilomètres. Face à ce constat, un projet a été mis sur pied. Il permettra aux chercheurs et aux agriculteurs de travailler main dans la main pour développer des pratiques agricoles afin d’améliorer leur bilan carbone.
Au début de l’expérience, les chercheurs ont dressé un bilan des émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par les activités de la ferme. En 2022, le bilan carbone s’élevait à 1253 tonnes de CO2. « Nous étions en dessous des moyennes nord-américaines, et même mondiales, souligne Carol Venneman. J’étais contente et fière de ce résultat », souligne l’agricultrice.
Ce diagnostic sert de point de référence pour mesurer les progrès au fil des ans. Un nouveau bilan carbone sera d’ailleurs réalisé cette année. En juillet, des tests ont été effectués sur le terrain et dans l’étable afin de capter les gaz, précise Mme Venneman.
Solutions
La ferme Craven se distingue par l’utilisation d’une litière compostée, un procédé encore rare, qui contribue à réduire les émissions de GES. « Sur les 20 fermes participantes, on est la seule qui avait déjà ce type de litière », explique Carol Venneman ajoutant que la matière organique a beaucoup évolué. « Nous avons coupé énormément sur nos engrais chimiques et cela a changé la composition du sol », enchaîne-t-elle.
Face aux impacts des changements climatiques, la productrice a également commencé à tester une nouvelle pratique, la culture intercalaire. « Avec la sécheresse, nos récoltes pour nourrir les animaux sont affectées. Alors, entre les rangs de maïs, on sème du ray-grass qui capte le CO2. On a même acheté un nouveau semoir », indique-t-elle.
Carol Venneman mentionne avoir choisi des pratiques de gestion bénéfiques (PGB) pour réduire davantage son bilan carbone.
Priorité au bien-être animal
La ferme Craven a accueilli le public le 7 septembre, dans le cadre de la 21e édition des Portes ouvertes Mangeons local. « Nous prenons grand soin de nos animaux. C’est une belle occasion de montrer comment se fait l’élevage chez nous », mentionne Mme Venneman.
Elle souligne que les installations de la ferme sont non seulement modernes, mais aussi conformes aux plus récentes normes d’élevage. « Aucun de nos animaux n’est attaché. Nos vaches évoluent librement dans un environnement paisible avec beaucoup de lumière naturelle. Elles sont vraiment tranquilles et heureuses », dit-elle. Pour renforcer cet engagement envers le bien-être animal, une nouvelle pouponnière a été construite en 2020.
Mme Venneman s’est également investie dans la santé de ses animaux. Depuis 2016, elle affirme travailler avec une cote d’immunité pour les vaches et les veaux. « Nous avons ainsi des vaches plus résilientes, qui sont moins affectées par les changements de températures. On utilise très peu d’antibiotiques, car nos animaux tombent moins malades », observe-t-elle.
Tout au long de la journée, les visiteurs enrichiront leurs connaissances grâce à plusieurs kiosques informatifs. Parmi ceux-ci, le projet « Le laboratoire vivant – Lait carboneutre » sera présenté, offrant un aperçu des efforts déployés pour réduire l’empreinte carbone. Le Centre d’insémination artificielle du Québec, de son côté, expliquera le rôle des tests génomiques.
