Carney rencontre le prince d’Arabie saoudite et des gens d’affaires
DJEDDAH — Le premier ministre Mark Carney a rencontré le prince héritier Mohammed ben Salmane en Arabie saoudite, jeudi, dans le but d’approfondir les échanges commerciaux et les investissements bilatéraux après des années de tensions diplomatiques.
Ce voyage – le premier d’un dirigeant canadien au pays depuis 26 ans – a également permis à M. Carney de rencontrer des chefs d’entreprise à Djedda, ville portuaire de la mer Rouge.
«Le secteur privé a maintenu la relation, et notamment la relation commerciale, en vie. Mais nous n’avons fait qu’effleurer le potentiel de cette relation, et aujourd’hui marque une nouvelle étape dans son développement», a soutenu M. Carney, jeudi, lors d’une cérémonie de signature au Forum d’investissement Canada-Arabie saoudite.
Jeff Steiner, président du Conseil d’affaires Canada-Arabie saoudite, a déclaré aux journalistes à Djedda que la visite de M. Carney dans le royaume constituait un «moment fort» pour les relations entre les deux pays.
Le Canada s’efforce de rétablir ses relations bilatérales depuis une crise diplomatique survenue en 2018, qui avait entraîné le rappel des ambassadeurs des deux pays.
Le gouvernement de l’ancien premier ministre Justin Trudeau avait vivement critiqué le système judiciaire du royaume et le traitement réservé aux femmes, ce qui avait conduit l’Arabie saoudite à suspendre les négociations commerciales. Les ambassadeurs n’ont été réintégrés qu’en 2023.
«Nous passons de la réconciliation à l’exploration des possibilités qui s’offrent à nous maintenant que la confiance a été rétablie, afin de tirer parti de cette confiance et de favoriser la prospérité et les occasions tant pour les Canadiens que pour les Saoudiens», a indiqué M. Steiner.
Il a ajouté que la plupart des Canadiens ne songent qu’au pétrole lorsqu’ils pensent à l’Arabie saoudite, mais qu’il existe désormais de nombreuses possibilités pour les Canadiens dans des domaines tels que la santé, l’énergie, le tourisme et l’éducation.
M. Steiner a notamment mis l’accent sur l’exploitation minière et les minéraux stratégiques, soulignant que l’Arabie saoudite s’était engagée à «faire de l’exploitation minière son deuxième pilier».
La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a indiqué avoir abordé les questions relatives aux droits de la personne et aux affaires consulaires lors de ses rencontres pendant son séjour en Arabie saoudite.
«S’engager ne veut pas dire cautionner, a déclaré Mme Anand aux journalistes jeudi. C’est nécessaire d’être à la table pour avoir ces conversations difficiles.»
S’adressant aux journalistes jeudi, M. Carney a réitéré le principe selon lequel «l’engagement ne signifie pas cautionner», et a déclaré qu’il ne voyait pas quel pays pourrait faire l’unanimité auprès de son gouvernement.
«Nous accordons une grande importance aux droits de la personne. Nous accordons une grande importance à l’autodétermination des nations, a-t-il déclaré. Donner des leçons à des pays depuis l’étranger est une stratégie inefficace. C’est gratifiant, mais inefficace.»
Le premier ministre a réaffirmé que le Canada devait diversifier ses partenariats et a indiqué qu’il collaborait avec des partenaires à travers le monde.
«En tant que gouvernement, nous reconnaissons l’importance des pays qui jouent un rôle actif et influent dans les régions du monde et les situations qui nous tiennent particulièrement à cœur», a-t-il déclaré.
Le Centre Raoul Wallenberg pour les droits de la personne, établi à Montréal, a appelé Ottawa à faire pression sur Riyad pour qu’il lève l’interdiction de voyager imposée à Raif Badawi, le blogueur qui a été emprisonné pendant dix ans et a subi de mauvais traitements en Arabie saoudite en raison de ses écrits.
M. Badawi a purgé une peine de dix ans de prison et se voit interdire de quitter le royaume depuis sa libération en 2022, bien que son épouse et ses enfants vivent au Québec.
Interrogé sur cette affaire, M. Carney a déclaré qu’il s’agissait d’une «situation très difficile» pour la famille Badawi et qu’il ne divulguerait pas ce qu’il aborde en privé avec ses homologues étrangers. Il a toutefois fait valoir qu’un engagement accru auprès de l’Arabie saoudite pourrait donner au Canada davantage de moyens d’influencer les situations qui concernent le pays.
Plusieurs ententes conclues
M. Carney a participé à une cérémonie de signature entre plusieurs entreprises et institutions saoudiennes et canadiennes, dont les firmes d’ingénierie canadiennes Hatch et AtkinsRéalis (anciennement SNC-Lavalin).
Le cabinet du premier ministre a indiqué que les 13 nouveaux accords commerciaux et protocoles d’accord représentaient une valeur de plus d’un milliard de dollars.
Avant la signature des différents accords, M. Carney s’est exprimé aux côtés du ministre saoudien de l’Investissement, Fahad Al-Saif. M. Al-Saif a affirmé que son pays était ouvert aux investissements à long terme et que le Canada pouvait partager son expertise dans les infrastructures, l’aviation et l’exploitation minière des minéraux critiques.
«Le Canada offre des capitaux, des technologies et un partenaire de confiance sur le long terme, a précisé le ministre saoudien. Pour le Canada, les investisseurs saoudiens à long terme apportent des capitaux patients, soutenus par un cadre politique national compétitif.»
M. Carney a salué le plan de croissance économique de l’Arabie saoudite à l’horizon 2030 et a établi des parallèles avec les efforts déployés par le Canada pour diversifier ses échanges commerciaux et développer ses projets d’infrastructures et de défense.
«Face aux crises internationales – et elles ne manqueront pas – aux problèmes économiques et aux défis géopolitiques, il est essentiel de rester concentré sur son plan à long terme », a-t-il souligné.
Une délégation canadienne nombreuse
Il a annoncé qu’une délégation de fonds de pension canadiens retournerait en Arabie saoudite «dans quelques mois» afin d’explorer les possibilités offertes par le royaume, en complément des récentes visites ministérielles.
Il a également salué l’influence croissante de l’Arabie saoudite dans les domaines de la culture, du sport et des jeux vidéo.
«Le monde observe ce pilier d’une société dynamique, où le royaume devient un carrefour du commerce, de la culture et de la créativité à l’échelle mondiale», a indiqué M. Carney.
Parmi les personnes rencontrées jeudi par le premier ministre figurent le PDG de Saudi Aramco, Amin Nasser, le ministre de l’Industrie et des Ressources minérales, Bandar Al-Khorayef, ainsi que Bob Wilt, directeur général de l’entreprise minière publique saoudienne Ma’aden.
La délégation canadienne accompagnant M. Carney comprend le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, le ministre de la Défense, David McGuinty, le président-directeur général de l’Agence de l’investissement pour la défense, Doug Guzman, et le député libéral Sameer Zuberi.
M. Steiner a dit savoir que M. Champagne s’efforce de résoudre les problèmes liés à la double imposition entre les deux pays et à la protection des investissements étrangers.
«L’apaisement de ces tensions est tout aussi important que l’intérêt des investisseurs pour s’implanter sur ces différents marchés. Si les conditions sont trop difficiles, ils iront voir ailleurs.»
M. Carney arrive au terme de son voyage d’une semaine au Moyen-Orient. Il est arrivé à Djedda mercredi soir, tout juste après avoir participé au sommet de l’OTAN qui s’est tenu à Ankara, en Turquie.
— Avec des informations fournies par Dylan Robertson à Ottawa
