Le Canada, le Danemark et le Groenland parlent de leurs valeurs communes

NUUK — La ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, a conclu samedi une visite de trois jours au Groenland et au Danemark visant à renforcer les liens économiques et sécuritaires entre les trois pays.

Le Canada continuera «de privilégier les liens économiques entre nos pays, ainsi que la sécurité et la défense de l’Arctique», a déclaré Mme Anand, aux côtés de la ministre des Affaires étrangères du Groenland, Vivian Motzfeldt, et du ministre des Affaires étrangères du Danemark, Lars Lokke Rasmussen, lors d’une conférence de presse conjointe.

«Nous privilégierons toujours la collaboration et la coopération dans ce domaine», a-t-elle ajouté.

La conférence s’est déroulée dans le port de Nuuk, avec en toile de fond un brise-glace de la garde côtière canadienne ancré, le NGCC Jean Goodwill, signe du soutien d’Ottawa à l’intégrité territoriale du Groenland.

Le président américain, Donald Trump, a intensifié ses menaces d’annexion du territoire danois avant de renoncer à recourir à la force pour s’en emparer, à la suite des déclarations des dirigeants danois selon lesquelles l’OTAN s’effondrerait si les États-Unis tentaient de s’emparer d’un territoire allié par la force.

Vendredi, le Canada a officiellement ouvert un nouveau consulat à Nuuk, au Groenland. Le Groenland prévoit d’en faire autant au Canada d’ici 2028.

«Nous nous réjouissons de tisser des liens entre nos peuples, notamment avec les populations du Nord et les Inuits», a déclaré Mme Anand.

Mme Motzfeldt a décrit cette ouverture comme «un morceau du Canada» ici et le sentiment que le Groenland n’est pas seul en cette période de tensions géopolitiques.

«Il est important pour nous de ressentir ce sentiment de ne pas être seuls, d’être ici avec nos amis. L’ouverture du consulat canadien hier témoigne du renforcement de nos liens», a affirmé Mme Motzfeldt.

«Nous pouvons concrétiser plus facilement notre souhait de renforcer notre coopération… car nous avons ici un morceau du Canada.»

Le Canada avait déjà annoncé en décembre 2024 son intention d’ouvrir une nouvelle mission diplomatique, bien avant que M. Trump ne réclame le contrôle américain sur le Groenland.

Le consulat a pris une nouvelle importance ces dernières semaines, les alliés de l’OTAN ayant décidé de soutenir la souveraineté du Danemark.

M. Rasmussen a qualifié l’ouverture du consulat de «nouveau départ».

«Nous partageons le même point de vue sur de nombreux sujets, non seulement concernant le droit du peuple groenlandais à l’autodétermination, mais aussi plus largement lorsque nous collaborons au sein de l’ONU, de l’OTAN et d’autres instances où nous devons défendre un ordre mondial où la force ne fait pas le droit», a fait valoir M. Rasmussen.

Interrogée sur la situation avec les États-Unis, Mme Motzfeldt a indiqué qu’elle s’était améliorée par rapport à il y a un mois, grâce à la voie diplomatique et au dialogue direct avec les États-Unis, mais que «nous ne sommes pas encore là où nous voulons être».

M. Rasmussen a expliqué qu’il s’agissait de prendre en compte les préoccupations légitimes des États-Unis concernant la sécurité dans l’Arctique – une préoccupation partagée par l’ensemble de l’OTAN – tout en respectant les «lignes rouges» danoises et groenlandaises: la souveraineté, l’intégrité territoriale et le droit du peuple groenlandais à l’autodétermination.

«Il est dans notre intérêt de laisser cette discussion entre les mains des personnes qui s’engagent à résoudre ce problème par la voie diplomatique», a dit M. Rasmussen.