L’UMQ et plusieurs organisations réclament des mesures d’urgence en immigration

QUÉBEC — Un front commun formé des élus municipaux, de gens d’affaires, de syndicats, de cégeps et d’étudiants réclame immédiatement une clause de droits acquis pour les travailleurs étudiants admissibles au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) avant son abolition en novembre dernier.

Le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), qui le remplace, ne fonctionne pas, ont-ils déploré, au cours d’une conférence de presse au Manège militaire de Québec vendredi, sans toutefois réclamer tous ensemble le rétablissement intégral du PEQ.

Ils n’ont pas voulu chiffrer précisément combien de personnes pourraient ainsi se qualifier, alors que le premier ministre François Legault et le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon ont évoqué tour à tour un risque d’offrir ainsi la résidence permanente à des centaines de milliers de personnes.

Dans une rare démonstration de force, les leaders syndicaux et des représentants du monde des affaires étaient sur la même tribune pour exprimer la même revendication: permettre à ceux et celles déjà sur le territoire et qui espéraient pouvoir postuler au PEQ de le faire.

Le ministre de l’Économie et du Travail, Jean Boulet, a manifesté vendredi une certaine ouverture à leurs doléances.

Le PEQ était perçu comme une voie rapide vers l’obtention du Certificat de sélection du Québec (CSQ) et la résidence permanente pour les travailleurs étrangers temporaires et les étudiants étrangers diplômés du Québec, alors que le PSTQ comporte des règles plus contraignantes.

«On ne doit pas changer pas les règles du jeu en plein milieu de la partie», a plaidé la présidente de la CSN, Caroline Senneville.

Le quotidien Le Devoir rapportait d’ailleurs vendredi que moins de cinq certificats de sélection ont été délivrés en sept mois en vertu du PSTQ et que 5000 invitations ont été transmises depuis juillet.

Conséquence: des milliers de travailleurs et d’étudiants déjà installés et intégrés ici pourraient devoir plier bagage sous peu, faute d’avoir obtenu leur invitation en vertu du PSTQ et d’avoir pu obtenir à temps le renouvellement de leur permis de travail attribué par le fédéral.

Le front commun exige donc aussi qu’Ottawa de son côté accélère le renouvellement des permis de travail pour les travailleurs temporaires.

«La ‘game’ de ping pong entre le fédéral et le provincial, c’est assez», a déploré le président de la Chambre de commerce de Québec, Frédérik Boisvert.

«Péril»

«La réalité des problèmes sociaux qu’on vivra est que présentement, on voit dans des régions, des épiceries, des restaurants qui sont en danger, qui sont en péril, aussi (des entreprises) dans le domaine touristique, ça, c’est la réalité des régions du Québec», a plaidé le président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) et maire de Mascouche, Guillaume Tremblay.

«Et si on ne répond pas à l’appel avec ce qu’on demande aujourd’hui, nos régions du Québec sont en péril présentement.»

«Il y a des gens actuellement qui sont sur Marketplace, qui vendent leurs laveuses, leurs chars, tout ce que vous voudrez parce qu’on les a laissé tomber, c’est honteux, ce sont des gens qui ont investi des milliers de dollars pour venir ici», a ajouté M. Boisvert.

«C’est une entreprise de sabotage de l’image de marque du Québec et du Canada. On ne s’en remettra pas de sitôt. Tout le monde (à l’étranger) le dit maintenant, on n’est plus des gens de parole, on n’est plus des gens fiables.»

Après des semaines de controverses et de pressions, le gouvernement caquiste n’a pas bougé officiellement, mais le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, a dit étudier des «scénarios de transition».

En effet, la candidate à la direction de la CAQ Christine Fréchette s’est engagée à accorder une clause de droits acquis – appelée aussi clause grand-père – aux travailleurs et étudiants étrangers qui étaient déjà sur le territoire au moment de la fermeture du PEQ. Ils pourraient donc postuler selon les anciennes règles.

Mais le front commun ne veut pas attendre à la fin de la course à la direction de la CAQ: dans deux mois, il sera trop tard, selon eux.

«Il faut agir immédiatement», a martelé M. Boisvert.

Ouverture de Boulet

Le ministre de l’Économie et du Travail, Jean Boulet, a manifesté une certaine ouverture, malgré les dissensions qui apparaissent à la CAQ en raison de la course à la direction.

«Je suis plutôt favorable à ce que Mme Fréchette propose», a-t-il affirmé, lui qui appuie cette aspirante au poste de premier ministre, plutôt que l’autre candidat, Bernard Drainville.

«Est-ce que ce sera une clause grand-père ou un nouveau programme qui permettra de faire un pont entre le PEQ et le PSTQ? Mais je suis totalement ouvert à ça.»

François Legault avait laissé entendre que si le PEQ était rétabli, 350 000 travailleurs étrangers temporaires actuellement sur le territoire québécois pourraient être admissibles à une clause de droits acquis.

M. St-Pierre Plamondon a même avancé que si on offre une clause de droits acquis élargie, pas moins de 600 000 personnes pourraient déposer leur candidature au PEQ et obtenir la résidence permanente. Il avait demandé aux élus municipaux de préciser leurs demandes.

«Je ne peux pas vous donner de chiffres», a pour sa part déclaré le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Jacques Demers, tout en évoquant une fourchette moyenne entre 15 000 et 18 000 admissions au PEQ dans les dernières années. M. Boisvert a pour sa part rappelé que selon les données de Fédération des chambres de commerce du Québec, le Québec a besoin de 106 000 travailleurs par an.

Le PQ propose aussi une clause grand-père aux travailleurs temporaires issus de l’immigration sélectionnés par le gouvernement du Québec, soit environ 40 000 travailleurs temporaires.

Selon le PQ, il faut respecter la capacité d’accueil du Québec, puisque la construction de logements et les services publics n’arrivent pas à suivre la demande.

Appel au PQ

Mais le président de l’UMQ, Guillaume Tremblay, ancien député péquiste de 2008 à 2012, a appelé le PQ à refaire ses devoirs.

«Il va falloir que le Parti québécois se promène un peu pour comprendre la réalité des régions, parce que la réalité des régions est complètement différente de ce qu’on entend présentement dans ce débat.»

François Vincent, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, a renchéri.

«En quoi renvoyer des personnes immigrantes qui occupent déjà un emploi, qui parlent le français et occupent déjà un logement équivaut à respecter la capacité d’accueil du Québec? Ce n’est pas protéger le Québec, c’est affaiblir nos PME et nos régions.»

Le président de la FQM a lancé un appel au premier ministre, pour qu’il reconnaisse son erreur et fasse marche arrière.

«Vous savez que les Québécois ne peuvent tolérer la détresse et l’anxiété causées à ces personnes déjà intégrées à nos communautés, ce sont des éducatrices, des infirmières, des cuisiniers, de bons travailleurs, de bons citoyens, des amis», a dit M. Demers.

Dans une motion déposée jeudi, le député Guillaume Cliche-Rivard, de Québec solidaire, avait indiqué que le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) avait permis la sélection de 5915 personnes en 2022, 9313 en 2023, 20 201 en 2024 et 18 532 au 31 octobre 2025.