Un étudiant en Ontario accusé dans le cadre d’une enquête de contre-espionnage du FBI
Un étudiant d’une université de l’Ontario a été arrêté dans le cadre d’une enquête de contre-espionnage menée aux États-Unis. Il est soupçonné d’avoir pris des photos dans les aéroports de Toronto et de Chicago à la demande d’une personne qu’il croyait être un représentant du gouvernement chinois.
Dans une déclaration sous serment déposée devant un tribunal du Michigan, un agent du FBI, le bureau d’enquête fédéral américain, a indiqué que Weiheng Zeng, un citoyen chinois étudiant à l’Université de Waterloo, a initialement été repéré par les autorités à la suite d’un incident survenu à l’aéroport O’Hare de Chicago en avril.
Dans sa déclaration, l’agent a précisé qu’un homme a été vu en train de prendre des photos, de grimper sur un chariot élévateur et de tenter d’ouvrir des remorques verrouillées dans un centre FedEx de l’aéroport le 21 avril, environ dix jours après que l’étudiant eut franchi la frontière américaine par le pont Ambassador.
La déclaration sous serment indique que Weiheng Zeng a par la suite été associé à une voiture qui se trouvait sur le site au moment des faits.
Lorsque Weiheng Zeng a tenté de pénétrer à nouveau aux États-Unis avec la même voiture le 23 août, l’agent précise que l’étudiant a été mis à l’écart pour une série d’entretiens, d’abord avec des agents des services frontaliers, puis avec le FBI.
L’étudiant a donné des versions contradictoires au cours de ces entretiens, a rapporté l’agent. Le document précise qu’il a été accusé d’avoir fait de fausses déclarations.
Un mystérieux contact en ligne
Au départ, Weiheng Zeng n’avait donné que peu de détails sur son voyage à Chicago en avril, se contentant de dire qu’il avait pris des photos d’avions, selon la déclaration sous serment. Il avait indiqué aux douaniers à l’époque qu’il allait rendre visite à sa sœur, peut-on lire dans le document.
Lorsque les agents ont examiné son téléphone, ils y ont trouvé de nombreuses photos d’aéronefs et d’avions militaires, ainsi que des photos de Weiheng Zeng et d’autres personnes en tenue tactique tenant des armes à feu de type fusil, est-il précisé dans la déclaration.
L’étudiant a affirmé avoir pris des photos de maquettes d’avions pour un site web de suivi des vols, et que les armes visibles sur les photos étaient des pistolets airsoft, qui tirent des billes plutôt que des balles, a relaté l’agent. Weiheng Zeng a également nié avoir suivi une quelconque formation militaire.
Lors d’un deuxième entretien avec les agents des frontières, le jeune homme a déclaré avoir pris des photos d’avions atterrissant à O’Hare depuis un stationnement public, selon la déclaration sous serment. Plus tard, il a indiqué s’être rendu dans un centre FedEx et avoir grimpé sur un chariot élévateur pour prendre des photos.
L’étudiant a admis s’être également introduit illégalement dans un centre FedEx de l’aéroport Pearson de Toronto par le passé, mais avoir été pris sur le fait, a précisé l’agent.
Lors d’un troisième interrogatoire, Weiheng Zeng a déclaré qu’un contact chinois lui avait écrit sur un site web destiné aux passionnés d’aviation et lui avait attribué des avions spécifiques à photographier, en lui communiquant les numéros d’immatriculation de ces appareils et en lui versant entre 20 et 30 $ par photo, relate le document.
L’étudiant a déclaré aux agents des frontières que ce contact chinois lui avait envoyé par la poste des cartes SIM destinées à leurs communications. Weiheng Zeng a ajouté qu’il détruisait ensuite ces cartes SIM et supprimait les conversations ainsi que les photos, selon l’agent du FBI.
Il a admis s’être rendu à O’Hare pour prendre des photos d’avions américains pour le compte de ce contact chinois, qu’il soupçonnait d’être lié au Parti communiste chinois, a précisé l’agent.
Le récit de Weiheng Zeng a continué à évoluer au cours de son interrogatoire par le FBI, selon la déclaration sous serment.
Le contact chinois était un passionné d’aviation qui s’intéressait aux photos d’avions rares à des fins de «recherche», aurait déclaré Weiheng Zeng au FBI.
Il a confié avoir pris des photos d’un avion spécifique de la compagnie American United à O’Hare en avril, car celui-ci arborait un motif temporaire qui rendait ces photos «très recherchées», et s’être rendu dans les locaux de FedEx pour photographier un MD11, rare en raison de son âge, a précisé l’agent.
Après un interrogatoire plus approfondi, le jeune homme a toutefois admis qu’il ne prenait pas de photo d’avions spécifiques, a affirmé l’agent du FBI. Il s’agissait plutôt d’une histoire de couverture fournie par le contact chinois, qui s’intéressait en réalité aux informations sur la logistique des transports et souhaitait des photos de lieux particuliers autour des aéroports, précise la déclaration sous serment.
Une demande «cool»
Weiheng Zeng a également raconté au FBI que le contact chinois lui avait envoyé la photo d’un badge ainsi que des vidéos de scènes auxquelles seuls les agents de sécurité avaient accès, puis avait utilisé une fonction pour supprimer ces messages, précise le document.
Le contact chinois aurait demandé de l’«aide» à Weiheng Zeng après que les deux hommes eurent échangé des messages quotidiennement pendant trois mois, à partir d’octobre ou de novembre 2024, a déclaré l’étudiant au FBI. Weiheng Zeng a expliqué avoir accepté, car il trouvait cela «cool», selon la déclaration sous serment.
L’étudiant a expliqué qu’il recevait une nouvelle carte SIM tous les quelques mois et détruisait la précédente, selon le document. Il a ajouté qu’il envoyait les photos via son téléphone, puis les supprimait, et qu’il était payé par virement sur un compte de la Bank of China. Il n’a jamais emporté ce téléphone avec lui aux États-Unis.
Bien qu’on lui ait demandé de se rendre à Orlando et à Las Vegas, Weiheng Zeng a déclaré au FBI qu’il n’avait accepté que les missions à O’Hare et à Pearson, précise le document judiciaire. Il n’a pu prendre que des photos de l’extérieur du centre FedEx de Pearson, a-t-il ajouté.
Lorsque les agents du FBI ont examiné le forum sur lequel Weiheng Zeng a affirmé avoir rencontré son contact chinois, ils ont constaté qu’il n’existait pas, a déclaré l’agent.
Ces allégations n’ont pas encore été examinées par un tribunal.
