La Mère Teresa des familles agricoles

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Par Gilles Levesque
La Mère Teresa des familles agricoles

Dans le secteur agroalimentaire, de Saint-Jean-sur-Richelieu jusqu’au fin fond de la Gaspésie, tout le monde connaît Maria-Labrecque-Duchesneau. C’est la Mère Teresa des familles agricoles. Cette femme énergique et colorée déplace tellement d’air autour d’elle qu’elle a réussi à se faire inviter sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle pour parler de la détresse qui affecte plusieurs agriculteurs au Québec. Lorsqu’elle s’est présentée à nos bureaux, le 20 janvier dernier, cette résidente de Marieville flottait encore sur son petit nuage. La semaine précédente, à Saint-Hyacinthe, dans le cadre du Gala Cérès du Salon de l’agriculture, on lui avait remis le prix Honoris Causa en présence de quelque 300 représentants du secteur agroalimentaire. Un prix prestigieux parmi tant d’autres depuis qu’elle s’est mise en tête d’épauler les familles agricoles qui traversent des temps difficiles. Ça vous a fait plaisir, Maria Labrecque-Duchesneau? «Mets-en que ça m’a fait plaisir, répond-elle avec son large sourire qui la rend si rayonnante. C’est quelque chose de gros. Je ne m’implique pas de la sorte pour les honneurs, mais ça fait toujours du bien d’être reconnue par ses pairs.» Grosse famille C’est sur une ferme laitière de Frelighsburg (la municipalité d’accueil de la nouvelle mouture de Star Académie) qu’elle a vu le jour. Rapidement, elle a vite réalisé qu’elle ne serait pas une enfant unique, elle qui a huit sœurs et cinq frères. Vous aurez compris qu’elle a grandi dans un milieu où l’entraide était aussi importante que le pain et le beurre sur la grande table autour de laquelle 16 personnes prenaient place. «Très jeune, j’ai compris ce que c’était de vivre sur une ferme, raconte-t-elle. Mon père, qui avait acheté cette entreprise ayant déjà appartenu au premier ministre Adélard Godbout, avait cent vaches en lactation. Ce n’était pas l’ouvrage qui manquait. On travaillait tout le temps, avant et après l’école. Les filles, plus que les garçons. Si bien que sur le silo, il a un jour été écrit: Paul Labrecque et filles.» Celle qui se décrit comme une donneuse, une battante et une guerrière s’est un jour inscrite à l’Université du Québec à Montréal pour faire carrière comme intervenante psychosociale. Une fois diplômée, elle a choisi de faire des enfants, Simon et Amélie, pour ensuite prendre le temps de bien les élever. «Il n’était pas question d’aller travailler. L’argent importe peu lorsqu’on est une femme de cœur. C’était important pour moi que je donne du temps à mes enfants. J’en étais très heureuse», confesse-t-elle. Réseau d’entraide Un jour, en lisant son Canada Français, elle tombe sur un article qui lui apprend que le Centre régional d’établissement en agriculture est à la recherche de personnes compétentes pour assister des familles lors d’un transfert de ferme. Elle propose ses services, décroche l’emploi et se rend vite compte que les familles qui se présentent à elle ont un «paquet de problèmes». Elle quitte au bout d’un an, mais jongle avec l’idée de faire face, dans un autre cadre, à ces «paquets de problèmes». Et c’est ainsi qu’en 2000, elle fonde, sans grands moyens, l’organisme Au Cœur des familles agricoles dans le but avoué de soulager la détresse qu’elle observe en agriculture. Méchant défi! Elle frappe alors à bien des portes, dont celles de l’UPA et de bon nombre de ministères, dans l’espoir qu’on la soutienne financièrement. Trois ans plus tard, une fois cet organisme incorporé, elle convoque une conférence de presse dans les bureaux de l’UPA à Saint-Hyacinthe pour mieux se faire connaître. «L’engouement pour ce réseau d’entraide a été très rapide, affirme cette femme de 58 ans. Le téléphone n’arrêtait pas de sonner, et bien honnêtement, ce n’était pas une grande surprise pour moi. De la détresse en agriculture, il y en a autant que dans la société en général, peut-être même plus. Le problème, c’est que les agriculteurs sont des gens orgueilleux qui ont tendance à s’isoler.» Problèmes Connu dans le reste du Canada, mais aussi dans quelques pays d’Europe, son organisme sans but lucratif serait unique en son genre dans le monde. C’est que voyez-vous, Maria Labrecque-Duchesneau ratisse large. Elle travaille tous les jours, tous les soirs. Comme Mère Teresa! «Je suis une missionnaire, lance-t-elle. J’en ai sauvé du monde du suicide. J’en ai accueilli à la maison des gens désespérés qui avaient besoin d’une oreille attentive. J’ai déjà dit à un gars de six pieds que si je le pouvais, je le bercerais. On n’a pas idée comment il y a de gens qui souffrent.» Mais à quels types de problèmes est-elle confrontée? «À tous les genres. À des gens fatigués, stressés ou divorcés. À des producteurs qui ont de sérieux problèmes financiers, notamment dans le secteur de l’élevage. Il y en a plusieurs qui constatent, une fois établis, l’ampleur du travail qu’ils ont à faire. «J’ai compris que je ne pouvais pas changer le monde, enchaîne Mme Labrecque-Duchesneau. Je fais ce que je peux. Je guide les personnes qui viennent frapper à ma porte. Certains ont besoin de soins, de conseils techniques ou d’un moment de répit. D’autres ont besoin d’être compris. C’est entre autres pourquoi j’ai formé un club gai qui compte 48 membres présentement. Ce sont tous des gens qui gravitent dans le milieu agricole.» Tout le monde en parle Un jour, alors qu’elle regarde Tout le monde en parle, une émission animée par Guy A. Lepage, elle voit le hockeyeur Georges Laraque clamer haut et fort que les éleveurs maltraitent les animaux. La missionnaire devient alors guerrière. Elle communique avec un journaliste qu’elle connaît et parvient à se faire inviter sur ce même plateau deux semaines plus tard, plus précisément le 21 mars 2010. Depuis, tout le monde en parle dans le milieu agricole. «Je n’aurais jamais pu m’imaginer que ça aurait autant d’impact. J’en entends encore parler aujourd’hui. On me dit que jamais personne n’avait réussi à sensibiliser autant de gens (1,7 million d’auditeurs) aux difficultés du monde agricole. Tant mieux si mon intervention a pu contribuer à changer les choses», souligne celle qui peut compter sur la collaboration de France Picard et d’un petit groupe de bénévoles. Maison de répit Comme si elle n’en faisait déjà pas assez pour les familles agricoles, voilà que Maria Labrecque-Duchesneau ambitionne d’ouvrir une maison de répit dans la région agricole de Saint-Hyacinthe au début de 2013. Elle a déjà trouvé une somme de 100 000$ auprès de différents organismes de la région. L’objectif à atteindre est de 700 000$. Cette maison de répit pourra accueillir quatre à cinq personnes pour une durée de séjour de moins d’une semaine. Son projet est très bien accueilli dans le milieu et tout porte à croire que la Mère Teresa des familles agricoles va une fois de plus mener ce projet à terme.

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