Rolland Régner: un centenaire remarquable

AÎNÉS – C’était le 28 décembre 1917. Chaussé de raquettes, le Dr L’Écuyer suit les clôtures dans les champs enneigés pour aller mettre Rolland Régnier au monde, à Saint-Jacques-le-Mineur. Cent ans plus tard, l’homme habite toujours dans la maison qui l’a vu naître où brûle un feu alimenté du bois qu’il a lui-même fendu.  

Rolland Régnier ne passe jamais plus de deux jours seul dans sa maison du chemin du Ruisseau. Un homme à tout faire lui rend visite plusieurs fois par semaine. La fin de semaine, ses filles établissent leurs quartiers à l’étage, dans leurs anciennes chambres d’enfant.

Vif d’esprit, l’homme n’est pas un centenaire comme les autres. Chaque semaine, il conduit sa propre voiture pour aller jouer aux cartes «à l’âge d’or».

«La semaine dernière, j’ai fait mes adieux pour l’hiver. J’avais de la peine, confie-t-il. Mon infirmière me conseille de rester à la maison lorsqu’il ne fait pas beau.»

Jeunesse

Rolland Régnier a toujours vécu et travaillé sur la ferme familiale. Avec son salaire de 0,25$ par jour, il se paye sa première voiture, une Pontiac, à l’âge de 20 ans.

«Il y avait seulement cinq autos à Saint-Jacques-le-Mineur. Le dimanche, on embarquait six ou sept dans l’char pour aller pique-niquer à la baie Missisquoi. Je partais avec 2$ et je revenais avec du change!», se souvient-il. Dans ce temps-là, boire une bière coûtait 20 sous.

«On allait au Château blanc pour laisser les filles danser, poursuit M. Régnier, mais il fallait revenir avant la noirceur. C’était la consigne. Je me souviens de toutes les filles avec qui je suis sorti!»

En 1945, il a été le premier au village à s’acheter un tracteur de ferme, charrue incluse, pour 1600$. «On a prédit que je me ramasserais dans le clos avec ça!», se souvient l’ancien agriculteur. Il a plutôt été le premier à compléter ses semis!

«Le dimanche, on embarquait six ou sept dans l’char pour aller pique-niquer à la baie Missisquoi. Je partais avec 2$ et je revenais avec du change!»

-Rolland Régnier

Mariage

Rolland Régnier a rencontré son épouse, Marie-Antoinette Derome, à l’église du village. Le couple s’est marié en 1940 et a eu sept enfants: Marguerite, Louise, Lucille, Germaine, Thérèse, Pierrette et André. Habitaient aussi dans la maison les parents de M. Régnier ainsi que deux orphelins de Duplessis que la famille avait pris sous son aile.

Le travail à la ferme occupait toute la maisonnée. Encore tous en parfait état, les bâtiments témoignent de l’activité qui y régnait. Germaine Régnier, la fille de Rolland, se rappelle du temps passé dans la chambre à lait pour écrémer le précieux liquide. «On en a mangé, de la crème! se souvient-elle. Ma mère cuisinait deux gâteaux et sept tartes tous les matins. Le lendemain, il ne restait plus rien!»

Enfant, elle adorait rejoindre son père dans la boutique de forge. Malgré le froid glacial dehors, l’atelier de réparation des instruments aratoires était baigné d’une chaleur enveloppante. La truie, l’enclume, les pinces et les tiges de métal garnissent toujours les murs de l’établi.

Priorité éducation

L’hiver, M. Régnier travaillait aussi comme opérateur de pompes à la carrière de Marieville. Il le fallait bien pour payer les frais de scolarité des enfants. Tous ont obtenu un diplôme d’études supérieures.

«Quand les sœurs nous demandaient ce que faisait notre père, on répondait qu’on était une famille de cultivateurs et qu’on nourrissait le monde. Ça paraissait bien», affirme celle qui a été pensionnaire dans un couvent huppé de Saint-Lambert.

Aujourd’hui, M. Régnier regarde l’hiver s’installer. Il pense déjà à la fonte des neiges. «Je fais encore mon jardin!», déclare-t-il avec fierté. La culture des oignons, des tomates, des haricots et des pommes de terre n’a plus de secrets pour lui.

Sa fille Germaine le somme de ralentir le tempo, mais en vain. «C’est une maladie, de rester à ne rien faire!», se défend-il. Le voilà donc, le secret de sa longévité!